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Libération
Edito

Obama-Poutine : le dégel nécessaire

Le président américaine Barack Obama et son homologue russe Vladimir Poutine, le 28 septembre 2015 à New York (Photo MANDEL NGAN. AFP)
Publié le 29/09/2015 à 21h06

Le face-à-face, au début, fut glacial. La rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine lundi soir à New York était la première depuis 2013 et les deux présidents venaient d'afficher leurs divergences sur le sort à réserver à Bachar al-Assad même si l'un et l'autre se disent prêts à collaborer pour trouver une solution au conflit. Mais à l'issue de la rencontre, longue de 90 minutes, l'homme fort du Kremlin déclarait, rayonnant, que l'entretien avait été «constructif et étonnamment ouvert». Puis de renchérir : «Selon moi, il existe une base de coopération pour nos problèmes communs.» Côté américain, on est plus discret, mais un haut diplomate reconnaissait «un désir commun de réfléchir aux moyens de pouvoir traiter ce qui se passe en Syrie».

Ce n'est certes pas le grand «reset» des relations américano-russes, le «redémarrage», prôné par Barack Obama juste après sa première élection. Le rêve avait rapidement été enterré par l'intransigeance de Poutine et ses dérives autocratiques, avant que le durcissement de la guerre en Syrie puis l'agression russe en Ukraine ne lui donnent le coup de grâce. Le tournant n'en est pas moins réel, d'autant que Moscou s'était montré ces derniers mois, lors des négociations sur le nucléaire iranien, capable de jouer un rôle «constructif».

Principal soutien - avec l'Iran - du dictateur syrien, la Russie est d'autant plus incontournable qu'elle a créé le fait accompli en déployant des chars, des avions et quelque 2 000 soldats près de Lattaquié, fief du régime. La rhétorique de Poutine sur la «priorité» à la lutte contre l'Etat islamique fait écho à celle des Occidentaux. Washington, comme Paris, est conscient de cette réalité. Il y a les effets de manche à la tribune de l'ONU pour rappeler les principes. «On ne peut faire travailler ensemble les victimes et les bourreaux ; Assad est à l'origine du problème et il ne peut faire partie de la solution», a rappelé à raison François Hollande. Barack Obama a pourfendu le «tyran» avec les mêmes accents et rappelé la nécessité de son départ. Mais aussi bien la lutte contre l'EI, que la nécessaire solution politique pour un conflit syrien dans l'impasse, impliquent des négociations et, à terme, des concessions. Le sort du boucher de Damas dépendra de la solution politique et non l'inverse. D'une manière ou d'une autre il faudra traiter avec des pans de l'ancien régime. Toute la question est de savoir où commence la compromission.

Dans ce bras de fer diplomatique, Vladimir Poutine a un atout maître. Il sait clairement ce qu’il veut en Syrie : conserver son influence sur cet ultime vestige de la puissance soviétique au Moyen-Orient. Et, plus encore, il sait ce qu’il ne veut pas : le sort d’un Kadhafi pour Assad et, surtout, éviter un effondrement total du régime comme en Irak. Face à lui, Barack Obama s’est illustré par une totale inconséquence dans sa politique syrienne et il s’est décrédibilisé par son renoncement en 2013 à frapper un régime coupable d’avoir utilisé l’arme chimique contre sa population, malgré ses mises en garde. Les quelque 60 pays de la coalition montée contre l’EI restent divisés, avec chacun leur propre agenda, ce qui ne peut que compliquer encore le processus de transition pour un après-Assad.

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