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Libération
EDITORIAL

Défi ouvert

Publié le 01/10/2015 à 19h56

L’escalade syrienne amorcée par Vladimir Poutine est d’autant plus inquiétante qu’il ne cherche même pas à donner le change. En deux jours de bombardements, l’aviation russe n’a toujours pas visé l’Etat islamique, théoriquement cible principale de la «coalition élargie» qu’il appelle de ses vœux, et pour laquelle Moscou a déposé un projet de résolution au Conseil de sécurité. Nul ne peut croire non plus que des groupes de la rébellion, armés par la CIA, ont été frappés par erreur. Car les militaires russes connaissent de longue date le terrain syrien, où ils ont considérablement renforcé leur présence ces dernières semaines. Il s’agit d’un défi ouvert aux Occidentaux, au moment même où Washington se montre favorable à une coopération avec Moscou pour une solution politique au chaos syrien. L’homme fort du Kremlin n’a jamais ménagé son soutien au boucher de Damas, qu’il considère comme le seul dirigeant «légitime». Il le rappelle encore haut et fort, même s’il l’incite à négocier avec l’opposition modérée. Décidé à ce que son pays retrouve son rang de grande puissance, Vladimir Poutine a habilement réussi à se rendre incontournable pour toute solution au conflit syrien. La Russie est une partie du problème, elle pourrait être aussi une partie de la solution. L’accord sur le nucléaire iranien de l’été dernier montre que le Kremlin peut jouer la coopération de façon constructive, même si, jusqu’ici, il a surtout abusé de son pouvoir de nuisance. Au-delà même du sort d’Al-Assad, il veut préserver ses intérêts en Syrie, et surtout éviter l’effondrement total du régime. Sur ce dernier point, ses intérêts convergent avec ceux des Occidentaux. Les surenchères militaires russes sont certes un des éléments du bras de fer diplomatique, mais d’aucuns à Washington comme à Paris commencent à s’interroger sur la rationalité de la stratégie de Poutine. La Syrie aujourd’hui, comme l’Ukraine, nous rappelle qu’il ne connaît que la réalité du rapport de force.

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