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EDITORIAL

Cap

Angela Merkel, le 15 septembre à Berlin. (Photo John Macdougall. AFP)
Publié le 08/10/2015 à 19h36

La crise des réfugiés est un tournant pour l'Europe. «L'Union doit maintenant prouver ce qu'elle prétend être», rappelait récemment à Paris Wolfgang Schäuble, le tout puissant ministre des Finances allemand. Mais cette crise est d'abord un tournant pour Berlin. Volontiers vilipendée comme la Mère Fouettarde d'une Europe austéritaire, l'Allemagne, qui est le pays le plus peuplé, le plus riche et le plus puissant du continent, en assume pour la première fois le leadership moral. Souvent critiquée outre-Rhin pour son extrême prudence, Angela Merkel a eu le courage de dire haut et fort, dès la fin du mois d'août, devant un foyer de réfugiés attaqué, que la politique suivie jusque-là n'était «pas digne» de l'Europe, entraînant derrière elle Paris et la plupart des autres capitales. Jamais elle n'a été aussi respectée en Europe, mais jamais depuis son arrivée au pouvoir elle n'a été aussi contestée dans son propre pays. «Mutti» - maman - comme la surnomment ses électeurs qui, par trois fois, l'ont portée à la chancellerie, est populaire parce qu'elle rassure. Son choix assumé et visionnaire de l'ouverture, pour suppléer à une démographie allemande vieillissante, inquiète une partie de ses concitoyens réticents face au multiculturalisme qu'elle-même critiquait il y a quelques années. Plus encore qu'en France, les mécanismes de l'intégration sont en crise en Allemagne, où longtemps les autorités ont cru que les immigrés - les «Gastarbeiter», littéralement les «travailleurs invités» - avaient vocation à rentrer, à terme, dans leur pays. La chancelière est consciente du défi. Elle en reconnaît publiquement l'ampleur et veut se donner les moyens de le relever. Malgré des sondages en berne, elle garde le cap. En cela, elle est la seule véritable femme d'Etat des Vingt-Huit.

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