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Libération
Éditorial

La revanche de l’URSS en Syrie

ParHélène Despic-Popovic
Chef adjointe du service Monde
Publié le 09/10/2015 à 18h46

Plus déterminé que jamais, Vladimir Poutine poursuit son intervention en Syrie avec des moyens bien plus élaborés que ceux qu’il avait utilisés en Géorgie ou en Ukraine. Pris de court, les Occidentaux ne cessent de lui prédire qu’il va s’embourber comme la défunte URSS en Afghanistan.

Et si, justement, Poutine voulait en Syrie laver l'affront fait à l'Union soviétique ? Le 15 février 1989, le général Boris Gromov passait à pied le pont de «l'Amitié» sur l'Amou-Daria. Il était le dernier soldat soviétique à quitter le pays derrière une colonne de chars et d'hommes. A leur place, viennent les moudjahidin, ces combattants islamistes armés par les Etats-Unis, ancêtres des talibans, et s'installe une guerre civile dans laquelle s'embourbera à son tour l'Occident. Dix mois après le retrait des troupes soviétiques, le mur de Berlin tombait, sonnant le glas de l'URSS. La débâcle afghane (14 000 morts, plus de 75 000 blessés) a traumatisé des générations de Russes. Vladimir Poutine, lui, n'a retenu qu'une chose : son «effondrement fut un désastre géopolitique majeur du siècle dernier».

La Russie cessa d'être une grande puissance ; Vladimir Poutine refera d'elle une puissance régionale, au prix d'innombrables batailles, en Tchétchénie (1999-2000), en Géorgie (2008) et en Ukraine (2014). Le traumatisme est digéré : 46 % des sondés approuvent «l'envoi de troupes russes à l'étranger», selon le centre Levada (indépendant) cette semaine. L'intervention en Syrie, au côté du régime de Bachar al-Assad, est la première hors du territoire de l'ex-URSS. Dans l'inconscient d'un Kremlin traumatisé, la boucle peut sembler bouclée. Le temps est venu pour la Russie de reprendre la place de puissance mondiale qu'elle pense lui être due.

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