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Edito

Immigration : la Suisse ou le contre-pied allemand

Christoph Blocher en campagne pour l'Union démocratique du centre, à Lausanne le 2 octobre. (Photo FABRICE COFFRINI. AFP)
Publié le 19/10/2015 à 19h46

C’est un nouveau rappel du mauvais vent soufflant sur l’Europe. Déjà première formation politique de Suisse, la bien mal nommée Union démocratique du centre (UDC), la droite populiste dure, a encore renforcé ses positions lors des élections législatives de dimanche. Jamais ce parti, qui prospère sur le rejet de toute adhésion à l’Union européenne et sur la dénonciation des dangers de l’immigration, n’a obtenu de tels résultats avec désormais 65 élus sur 200 à la Chambre basse du Parlement contre 59 auparavant et avec un pourcentage record de voix : 29,3 %. Certes, c’est à peine 1,4 % de plus qu’en 2011, mais le symbole est là. Il s’agit d’une incontestable victoire de Christoph Blocher, 75 ans, tonitruant tribun et homme d’affaires à succès qui, même s’il a pris du champ par rapport au quotidien de la politique, continue de dicter les grandes orientations et les thèmes de campagne du mouvement. A un libéralisme revendiqué en économie, il mêle une très efficace rhétorique xénophobe. Le parti incarne un «populisme patrimonial», misant sur l’attachement aux traditions et la peur de voir remis en cause un certain mode de vie. L’un de ses slogans de campagne clamait : «Restons libres, votons UDC». Pour 48 % des citoyens helvétiques, l’immigration est une préoccupation majeure. En février 2014, un référendum «contre l’immigration de masse», promu notamment par l’UDC, imposa des quotas à l’immigration des ressortissants de l’UE qui sont les plus nombreux à travailler dans la confédération. Mais c’est paradoxalement dans les cantons où ceux-ci sont les plus présents, comme Genève ou Zurich, que les votes xénophobes, lors de cette votation populaire, ont été les moins nombreux. L’UDC joue avant tout sur la peur, alors même que la Suisse est à peine touchée par la vague des réfugiés syriens. A l’opposé, l’Allemagne d’Angela Merkel veut rester le grand pays d’accueil alors même que plus d’un million de demandeurs d’asile sont attendus cette année. Certes, la chancelière est à la peine dans les sondages, et la grogne monte dans les rangs conservateurs. Le mouvement islamophobe Pegida organisait lundi soir une grande marche dans son fief de Dresde, retrouvant un nouveau souffle avec la crise migratoire et dénonçant avec virulence la politique de Merkel. Berlin n’en garde pas moins le cap au nom des valeurs qui fondent le projet européen et sait pouvoir compter sur le soutien d’une bonne partie de l’opinion. Gravement blessée par l’attaque au couteau d’un chômeur ex-néonazi hostile à l’immigration, Henriette Reker, candidate chrétienne-démocrate à la mairie de Cologne (ouest), a été triomphalement élue dimanche. Et, face à Pegida, ce même lundi soir dans les rues de Dresde, la gauche comme les organisations de la société civile vont massivement manifester avec le slogan «Du cœur et pas de démagogie !» Devant une Suisse barricadée, l’Allemagne continue de montrer l’exemple.

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