Tout ça pour finalement presque rien. Mario Draghi, le patron de la Banque centrale européenne (BCE) a eu beau utiliser depuis mars 2015 le «bazooka» d’une politique monétaire non conventionnelle («Quantitative Easing» pour les initiés)... Rien n’y fait. Pourtant, tous les mois depuis mars 2015, ce sont 60 milliards d’euros qui sont injectés par la toute-puissante BCE dans les rouages du système bancaire de la zone euro, histoire de faire repartir la machine économique et, surtout, l’inflation. En vain.
La croissance reste désespérément atone avec, en prime, une inflation qui se balade de plus en plus, et à mesure que le temps passe, en territoire négatif, faisant redouter un risque de déflation. Certes, l’action de la BCE alimente les marchés à la hausse, et pour cause: en acquérant les obligations des banques sur ces marchés, elle en fait mécaniquement monter la valeur, provoquant une certaine euphorie (+ 2,28% ce jeudi à Paris).
D’autre part, la croissance se porte légèrement mieux, mais avec un fragile 1,5% pour 2015, personne ne se risque, du côté de la BCE comme du FMI, à affirmer que la reprise est solide. D’autant plus que les anticipations d’inflation restent bases. Du côté des salariés ou des responsables d’entreprises, personne ne craint la moindre hausse des prix.
Prochaine décision en décembre
Résultat? La Banque centrale européenne a annoncé ce jeudi qu'elle allait «réexaminer» sa politique monétaire lors de sa prochaine réunion du conseil des gouverneurs, en décembre.
Cette annonce confirme qu’en matière de politique monétaire, les choses ne se passent pas tout à fait comme l’avait prévu le patron de la BCE, lorsqu’il avait obtenu l’accord de son conseil des gouverneurs pour mettre en place une politique d’assouplissement monétaire. Qui a joué sur deux leviers: les taux d’intérêt, désormais proches de zéro et le rachat de dette souveraine détenue dans le bilan des banques de la zone euro.
Le crédit peine à repartir
En rachetant ces dettes considérées comme risquées par les banques et qui freinent la distribution de crédit, la BCE espérait soulager le bilan des banques et donc favoriser une reprise du crédit. Mais celui que les marchés financiers qualifiaient de «super Mario» est loin d’avoir gagné la partie.
Certes, leur bilan est de moins en moins composé de dettes obligataires risquées, mais pas au point de faire repartir les crédits. Pire: elles se bousculent toujours autant au guichet de la BCE pour y faire des dépôts au jour le jour. D’ordinaire, ces dépôts donnent lieu à une rémunération de la part des banques centrale. Les économistes parlent d’un taux de dépôt marginal.
Une thérapie insuffisante
Voilà plusieurs mois que la BCE assistait à un regain de ces dépôts. A tel point que la BCE décidait (il y trois mois) de taxer ces dépôts d’une durée de 24 heures de -0.20%. Là aussi sans effet, puisque malgré ce taux négatif, les banques continuent de vouloir placer des fonds dans les coffres de la BCE.
Résultat: le patron de la BCE a reconnu jeudi que le conseil des gouverneurs avait discuté «d'une nouvelle baisse du taux de dépôt marginal». Voilà qui en dit long sur le peu d'efficacité de sa thérapie.
Dernières cartouches?
L’affaire de la BCE pourrait se compliquer d’autant plus que Mario Draghi pourrait se voir reprocher, notamment par les adversaires du QE, d’avoir utilisé les dernières cartouches monétaires de la Banque. D’autres (les anti-austérité) ne manqueront pas de marteler qu’une politique monétaire à elle seule ne peut pas tout.
Comprendre: le pari est plus que risqué de penser qu’on peut relancer une zone économique juste en lâchant la bride à la politique monétaire -ce que Draghi avait admis il y a un an-, pendant que les politiques budgétaires sont toutes calées, et de manière synchrone, sur la réduction des dépenses publiques.
Le retour de «Simple Mario»?
Jeudi, le patron de la BCE a répété que le conseil des gouverneurs était «prêt à agir». Et qu'il n'était pas dans un mode «attendre de voir» («wait and see»), tel que beaucoup de commentateurs ont décrit son attitude, mais en pleine évaluation de la situation («work and assess»). «Super Mario» sait qu'il va sans doute redevenir simple Mario.
En attendant, la politique monétaire non conventionnelle, qui devait prendre fin en septembre 2015, reste donc d’actualité… Et sera sans doute prolongée après décembre 2015. Mais puisqu’on vous dit que tout va bien.




