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Libération
Marijuana à Tijuana

Au Mexique, la Cour suprême fait tourner le joint

Quatre particuliers ont obtenu le droit mercredi de cultiver du cannabis.

Un homme participant à une manifestation pour la légalisation de la marijuana devant la Cour suprême, mercredi. (Photo Edgard Garrido. Reuters)
Publié le 05/11/2015 à 15h44

En France, la Smart est une voiture. Au Mexique, c’est un club monté sur quatre roues – ses quatre membres, deux avocats, un comptable et un militant – et qui roule… des pétards. Enfin, en théorie. Car, en fait, ils ne consomment pas. Ils veulent juste lancer le débat sur la légalisation du cannabis comme arme contre les narcotrafiquants.

Après s’être vu refuser une licence pour cultiver du cannabis, la Smart, pour Société mexicaine de consommation personnelle responsable et tolérante, a saisi la Cour suprême du Mexique qui, mercredi, lui a donné raison. Oui, on peut, au Mexique, créer un cannabis-club dédié à la culture de la plante, selon le mode habituel de ces clubs qui existent par centaines en Espagne : pas de but lucratif, usage uniquement personnel, pas de revente.

Est-ce le début d’une légalisation au Mexique ?

Pas pour l’instant : la décision ne s’applique qu’aux quatre plaignants. Mais si d’autres citoyens saisissent la Cour suprême, ils pourraient obtenir une décision similaire. Et ainsi former une jurisprudence obligeant, à terme, le pays à revoir sa législation. Car, pour la Cour suprême, rien ne s’oppose à l’usage personnel du cannabis.

Cette décision inédite fait suite à une autre première : le 8 septembre, Graciela, une petite fille de 8 ans qui subit jusqu’à 400 crises d’épilepsie par jour, a eu l’autorisation de consommer du cannabis à usage thérapeutique, car la plante calme ses crises.

Mais le gouvernement reste contre toute évolution. Le président, Enrique Peña Nieto, veut poursuivre la guerre contre les cartels. Même si, après plus de 80 000 morts et 25 000 disparus depuis 2006, son efficacité reste à prouver.

Quel impact au niveau régional ?

Fatiguée de la «guerre à la drogue» menée à coup de centaines de milliards de dollars par les Etats-Unis depuis quarante ans sur leur territoire, plusieurs pays d’Amérique centrale et du Sud s’interrogent sur une évolution de leur législation. L’Uruguay a franchi le pas vers la légalisation du cannabis. Le Chili débat d’une loi pour dépénaliser l’usage thérapeutique et récréatif. En Colombie, et même au Guatemala, des voix s’élèvent pour changer d’approche. Le Mexique vient s’inscrire dans cette tendance. Plus au Nord, le nouveau Premier ministre canadien, Justin Trudeau, est lui ouvertement favorable à la légalisation: cela fait donc beaucoup de pays, sur les continents américains, où souffle un vent de renouveau.

Mais le plus intéressant est ce qui se passe chez les gringos : quatre Etats américains ont légalisé la marijuana à usage récréatif (mais l'Ohio a rejeté mardi par référendum une proposition en ce sens, qui n'a recueilli que 36% des votes). Et 23 autorisent l'usage thérapeutique. Cette vague a donné naissance à une filière de production de plus en plus active, comme au Colorado : à terme, les producteurs mexicains, dont le principal marché se trouve de l'autre côté du Rio Bravo, aux Etats-Unis, seront sérieusement concurrencés par l'herbe made in US.

Et les Mexicains finiront bien par se poser une question : pourquoi garder dans l’illégalité un produit ensuite vendu dans des Etats américains où il est légal ?

La légalisation peut-elle gêner les narcos ?

Les experts sont plus que prudents sur cet aspect. Les gros trafiquants ne font pas que dans la marijuana, qui représente peut-être un cinquième de leurs revenus. Ils sont multicartes : cocaïne, héroïne, extorsions, kidnapping de migrants… Si le cannabis devenait légal, ils seraient sans doute gênés un temps mais se rabattraient sur d’autres activités.

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