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Syrie : un accord unanime de sortie de crise, mais…

Des ministres des Affaires étrangères votent lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie, le 18 décembre à New York. (Photo Timothy A. Clary. AFP)
Publié le 20/12/2015 à 19h11

Seul l’avenir dira si réellement la résolution sur la Syrie adoptée vendredi à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU, une première en quatre ans et demi de guerre, représente un tournant. Néanmoins, c’est incontestablement un premier pas vers une issue négociée pour arrêter ce carnage qui a fait déjà plus de 250 000 morts et des millions de réfugiés et déplacés. Les positions des grandes puissances, membres permanents du conseil de sécurité - Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, d’un côté ; Russie et Chine, de l’autre - sont désormais suffisamment proches pour qu’un tel texte ait été possible. Mais elles demeurent encore très éloignées, notamment sur le sort du président Bachar al-Assad, pour que la prudence s’impose.

Grand artisan de cet accord et de la relance du dialogue avec Moscou, qui l'a rendu possible, John Kerry se dit lui-même «sans illusion». Mais l'important est de jeter les bases d'une solution politique afin de permettre de porter tous les efforts dans la lutte contre l'organisation Etat islamique (EI). Pour arriver à un compromis, toutes les questions qui fâchent ont été laissées dans le flou. D'où les craintes que le sort de ce texte reprenant dans ses grandes lignes celui dit de «Genève 2», concocté au bord du Léman en juin 2012, demeure aussi un catalogue de bonnes intentions. Frappée désormais du sceau onusien, la feuille de route élaborée en octobre et en novembre à Vienne, à la fois par les grandes puissances et les pays voisins de l'Arabie Saoudite à la Turquie, en passant par l'Iran, n'en est pas moins ambitieuse. Des négociations dès janvier entre le régime et l'opposition - sans toutefois préciser ce que sera la composition et donc la représentativité de cette délégation - devraient déboucher dans les six mois sur «une gouvernance crédible, inclusive et non confessionnelle». En parallèle, un cessez-le-feu sous surveillance de l'ONU devrait être mis en place dès que s'amorcera la transition. Au bout de dix-huit mois devraient se tenir des élections sous surveillance internationale auxquelles devraient aussi participer les millions de déplacés comme de réfugiés installés dans les pays voisins.

Ce seront les Syriens donc «qui décideront de leur avenir». Un principe incontestable même si, jusqu'ici, cette formule a servi à Moscou comme à Téhéran à justifier un soutien sans faille au régime comme au boucher de Damas et leur refus de toute ingérence extérieure. D'où les cris d'orfraie des leaders de la Coalition nationale syrienne, la principale organisation de l'opposition pour qui «compte tenu de la réalité sur le terrain et l'impasse sur le sort d'Assad, l'accord n'est pas applicable». Washington comme Paris rappellent certes la nécessité d'un départ du dictateur avant la fin du processus de transition «non seulement pour des raisons morales mais aussi d'efficacité», selon les mots de Laurent Fabius. Mais l'administration Obama veut sortir de l'impasse, consciente des limites de la guerre aérienne contre l'EI. D'où ces convergences croissantes avec Moscou même si les avions russes continuent de bombarder surtout les rebelles modérés. Le Kremlin, lui, restera intransigeant sur le sort d'Assad tant qu'il ne verra pas d'alternative au sein du système à même d'en garantir la pérennité. Le risque est donc bien réel que ce processus s'enlise et serve surtout, au nom de la lutte antiterroriste à pérenniser, sinon le dictateur lui-même, au moins de larges secteurs d'un régime sanguinaire.

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