Bowie, Delpech, Boulez, Galabru… Une hécatombe, qualifiée de «série noire» par certains. Le phénomène passe plutôt inaperçu habituellement, mais au-delà du monde de la musique ou du cinéma, janvier est quasi systématiquement le mois le plus meurtrier de l’année en France métropolitaine - tendance qui se vérifie aussi à l’échelle de l’Europe.
En janvier 2015, le nombre de décès enregistrés en France était de 18 % supérieur à la moyenne de l'année, selon l'Insee : 57 400 contre 43 600 pour les mois de juin ou septembre, les moins meurtriers de l'année. Même constat pour 2014, où l'on enregistrait un «surplus de mortalité» de 10 % en janvier par rapport aux onze mois suivants.
Comme le montrait le Monde en 2015, le mois de janvier s'est placé 25 fois en tête des mois enregistrant le plus de décès depuis quarante ans. Et quand il n'est pas le plus meurtrier, comme en 2012, il est devancé de peu par un autre mois d'hiver. Depuis 1975, les plus meurtriers sont ainsi systématiquement situés dans la période allant de décembre à mars, à l'exception de la canicule de l'été 2003. La surmortalité est de 9 % en moyenne pendant cette saison par rapport au reste de l'année. Comment expliquer ce «surplus de mortalité» hivernal qui connaît un pic en janvier ? C'est là que ça se corse. Le Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès de l'Inserm, qui analyse les causes de mortalité en France, ne publie pas de statistiques détaillées par mois et le ministère de la Santé ne s'est jamais penché sur le sujet.
Grippe. L'explication la plus intuitive revient à accuser les températures hivernales et leurs conséquences sur la santé, notamment des personnes âgées. Pour expliquer le pic de mortalité de janvier 2009 (58 938 décès, soit 30 % de plus que la moyenne annuelle), l'Institut de veille sanitaire (INVS) avait évoqué «la survenue concomitante de plusieurs facteurs» : une période de froid intense, une épidémie grippale sévère et les infections respiratoires qui en découlent chez les personnes âgées, en précisant toutefois qu'il n'était pas «possible d'évaluer leur part respective dans cette augmentation». La grippe est responsable de 18 300 décès supplémentaires début 2015, une surmortalité record, concernant à 90 % des sujets de plus de 65 ans, toujours selon l'INVS. Dans son dernier bilan démographique, l'Insee évoque également les «conditions climatiques et épidémiologiques de l'année», comprendre la météo et la grippe, pour expliquer la surmortalité hivernale. Il y a une corrélation, mais «il ne faut pas en déduire un lien de cause à effet», insiste l'institut, contacté par Libération.
De manière générale, l'hiver est une saison particulièrement fragilisante pour les personnes âgées. «Des températures plus basses favorisent le confinement, les grands-parents sont en contact avec des enfants, on a tendance à surchauffer les appartements, et les personnes âgées peuvent se déshydrater», explique à Libération Céline Caserio-Schönemann, de l'INVS. Mais l'explication n'est pas plus valable pour janvier que pour décembre ou février.
Infarctus. Certains évoquent d'autres explications. Selon le chercheur américain David Phillips, qui a analysé 57 millions de certificats de décès émis entre 1979 et 2004, les décès survenus le 1er janvier, jour le plus meurtrier outre-Atlantique, sont principalement dus à des «causes naturelles», notamment des infarctus, un phénomène également observé dans une étude de 2004. Le surplus de mortalité est d'ailleurs aussi important dans les Etats du sud du pays, où l'hiver est plus doux. La BBC, qui s'était penchée sur le sujet en 2014, soulevait également que les pays scandinaves comptabilisaient moins de décès supplémentaires pendant la période hivernale, pourtant plus rigoureuse. L'étude américaine de 2010 évoque plusieurs hypothèses : le stress lié aux fêtes de fin d'année, le report des consultations médicales pour éviter de gâcher la fête ou les problèmes de prise en charge à l'hôpital, en sous-effectif pendant la trêve des confiseurs.




