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Maroc : les victimes condamnées pour homosexualité écopent de sursis, les agresseurs de prison ferme

La justice a finalement décidé de remettre en liberté ces deux Marocains, après 26 jours passés en prison.

Des Marocains manifestent contre l'homosexualité, en marge du procès d'un homosexuel et de trois de ses agresseurs, le 4 avril 2016, dans la ville de Beni Mellal. (Photo Fadel Senna. AFP)
Publié le 11/04/2016 à 22h03, mis à jour le 12/04/2016 à 10h29

Retournement de situation : la justice marocaine a finalement décidé, lundi, de remettre en liberté deux hommes condamnés pour homosexualité alors qu’ils ont été victimes d’une agression homophobe très violente à Beni Mellal. Ces deux Marocains ont passé 26 jours en prison, dans ce pays où l’homosexualité est considérée comme un délit passible de six mois à trois ans de prison ferme.

Selon les médias marocains, la deuxième victime de l’agression homophobe a été condamnée, à l'issue de son procès ce lundi 11 avril par le tribunal de première instance de Beni Mellal, à trois mois de prison avec sursis. La première victime, qui a précédemment été condamnée à une peine de 4 mois de prison ferme, a finalement été condamnée à de la prison pour la même durée mais avec sursis. Les deux homosexuels marocains ont donc été relâchés dans la foulée.

Quant aux agresseurs, si deux d'entre eux ont été innocentés, deux autres ont vu leurs peines quelque peu durcies par la Cour d'appel. Dans un premier temps condamnés à deux mois de prison avec sursis, ces derniers ont été respectivement condamnés à quatre et six mois de prison ferme. Le cinquième, mineur, sera jugé mercredi 20 avril.

Les faits jugés remontent au 9 mars, lorsque plusieurs jeunes gens avaient fait irruption dans un appartement de Beni Mellal et agressé deux homosexuels, dont l'un a été arrêté le jour même et le second le 25 mars, de même que leurs agresseurs. Le 15 mars, la justice avait condamné la victime arrêtée le 9 mars à quatre mois de prison ferme pour «actes sexuels contre-nature», l'équivalent d'homosexualité au Maroc.

Des proches des agresseurs dénoncent une «injustice»

Parallèlement, le tribunal de première instance de Beni Mellal a condamné à 4 mois de prison avec sursis la seconde victime, jugée pour «déviance sexuelle». Leurs agresseurs étaient également jugés en première instance pour «entrée par effraction, de recours à la violence et de port d’armes». Selon un photographe de l’AFP, un des agresseurs a écopé de six mois de prison ferme et un autre de quatre mois ferme tandis que deux autres ont été relaxés. Un cinquième devait comparaître mercredi devant un tribunal pour mineurs.

Des proches des agresseurs ont dénoncé une «injustice» lundi après la lecture du verdict. Des habitants de la ville s'étaient encore rassemblés devant le tribunal durant l'audience pour réclamer leur libération.

Des Femen expulsées

Le 25 mars, une vidéo diffusée sur YouTube montrait les deux hommes dénudés, le visage en sang, se faire violemment agresser avant d'être traînés dans la rue. La violence de cette agression homophobe et le procès intenté aux deux victimes ont soulevé un tollé dans une partie du milieu associatif marocain, qui réclame l'abrogation de l'article 489 du code pénal. Celui-ci criminalise «les actes licencieux ou contre-nature avec un individu du même sexe».

Lundi, deux militantes du mouvement Femen ont tenté de poser seins nus devant le tribunal, avant d'être rapidement interpellées par des policières, a déclaré Hussein Harchi, représentant de l'Association marocaine des droits humains (AMDH, indépendante). Il s'agit de deux Françaises, que les autorités ont décidé d'expulser du Maroc «pour tentative de mener des actes portant atteinte aux bonnes mœurs et à la morale publique», selon un communiqué de la préfecture de Beni Mellal-Khénifra reproduit par l'agence officielle MAP. «Alors qu'une centaine de personnes manifestaient en défense des agresseurs homophobes, Femen est venu dénoncer l'homophobie d'Etat au Maroc», indique un communiqué des Femen qui réclame la libération des personnes «emprisonnées du fait de leur simple orientation sexuelle».

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