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Libération

Règlement de compte meurtrier à Grenoble

ParFrançois Carrel
Grenoble, de notre correspondant.
Publié le 25/04/2016 à 20h41

Une exécution. Il n'y a pas d'autre mot pour décrire la mort par balles lundi de deux hommes sur un trottoir, dans un quartier populaire du sud de Grenoble. Peu après 10 heures, un tireur non identifié a ouvert le feu depuis une voiture. Un homme meurt sur le coup, un autre succombe quelques dizaines de minutes plus tard. Agés de 22 et 28 ans, ils étaient connus de la police pour trafic de stupéfiants. Un mineur de 17 ans a aussi été grièvement blessé. Le tireur, cagoulé et déterminé au point de venir achever à bout portant ses cibles, selon la version circulant parmi les habitants présents sur les lieux, a pris la fuite. Une voiture a été retrouvée brûlée un peu plus tard dans une commune voisine : elle pourrait être celle avec laquelle le tueur a opéré. La fusillade a éclaté devant l'école élémentaire Jean-Racine. Une jeune femme frémit : «Et le choc pour les enfants ? Et s'il y avait eu une balle perdue ?» «Il y a eu une demi-douzaine de détonations, témoigne un retraité vivant à 150 mètres de là. Je me suis demandé si c'était des pétards… ou bien des coups de feu. Ça n'est pas la première fois que ça arrive ici vous savez.» De fait, la cité Teisseire toute proche, est connue pour être un des hauts lieux grenoblois du trafic de cannabis. Le quartier, où 33 % de la population active était au chômage en 2013, classé en zone urbaine sensible, a fait l'objet d'un grand contrat de ville. Il a aussi été intégré en 2013 à la zone de sécurité prioritaire Grenoble-Echirolles.

En septembre, un homme avait été abattu ici de deux balles de petit calibre, tandis qu'un tireur passager d'un scooter avait blessé un autre homme deux jours plus tard, le tout sur fond d'altercations entre bandes rivales. Au bar-tabac voisin, les jeunes sont abasourdis. L'un d'entre eux, se présentant comme proche de la plus âgée des victimes, se confie : «C'était des gars du quartier… et c'étaient des innocents. Ils n'avaient rien à voir avec les règlements de compte de l'année dernière. Le plus âgé, je le voyais souvent, il a deux enfants en bas âge, qu'il élevait bien.» Il poursuit : «Alors, oui, il avait fait un peu de trafic, on l'a tous fait, qu'est-ce que vous voulez, comment faire autrement pour manger dans ce quartier… Sauf qu'il avait tout arrêté et même quitté le quartier pour ça ! […] Il y a un groupe, des personnes extérieures au quartier, qui a débarqué ici pour le trafic et qui tue des innocents. Mais pourquoi ?» A 12 h 30, les corps ont été évacués, le trottoir lavé, il ne subsiste pas une trace, la ruelle a replongé dans un calme total et étrange.

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