979 012 493… 979 012 492… 979 012 491… Sur toute la hauteur du plus haut gratte-ciel de Hongkong, un compte à rebours géant a scintillé environ une minute mardi soir. C’est le nombre de secondes qu’il reste jusqu’en 2047, date jusqu’à laquelle le gouvernement central chinois s’est engagé à respecter le statut spécial de l’ancienne colonie britannique.
Ce happening subversif était destiné à Zhang Dejiang, président du Comité permanent de l'Assemblée nationale populaire et numéro 3 du régime. C'est la première visite d'un dirigeant du gouvernement central depuis que l'ex-président, Hu Jintao, s'était déplacé en 2012, pour les célébrations du quinzième anniversaire de la rétrocession de Hongkong par la Grande-Bretagne. Et surtout la première depuis l'arrivée au pouvoir de son successeur Xi Jinping, et de la révolution des parapluies, qui avait vu la péninsule se soulever, de manière assez pacifique, contre une réforme électorale initiée par l'autorité centrale durant neuf semaines à la fin de l'année 2014.
Pour ces trois jours de visite, les autorités ont bâti aux abords du Hongkong Convention and Exhibition Center, où séjourne Zhang, une «forteresse de sécurité», avec de hautes barrières et des «no-go zones», et mobilisé 6 000 policiers, officiellement par crainte d'une attaque terroriste. Le plus spectaculaire étant l'opération de collage des pavés pour éviter qu'ils ne soient utilisés comme projectiles par d'éventuels manifestants, comme lors de l'éphémère «révolution des boulettes de poissons», en février.
Well...it's a big moment in Hong Kong and you really need some glue to stick the society as one...https://t.co/xg3YKxYzCn
— Sampson Wong (@HKurbanist) May 15, 2016
Le déploiement de forces, très critiqué, a été bravé par une centaine d'opposants, venus réclamer le suffrage universel et la libération des dissidents emprisonnés en Chine. Sept d'entre eux ont été arrêtés. Plusieurs banderoles géantes ont aussi été brièvement accrochées au nez et à la barbe de la police ces deux premiers jours, l'une d'elles réclamant la «fin de la dictature du Parti communiste chinois». Des bannières revendiquées par des militants comme «souvenirs pour Zhang Dejiang», «le but étant de montrer la détermination des Hongkongais à se battre pour la liberté et la démocratie».
Officiellement venu sur place pour participer à un forum économique, mais semble-t-il plutôt pour prendre le pouls d'une région sous tension, Zhang Dejiang avait déclaré à son arrivée, mardi, qu'il allait «écouter les requêtes des habitants de toutes les couches de la société quant à la mise en oeuvre du principe "un pays, deux systèmes"», qui assure à la péninsule notamment la liberté d'expression. Ce mercredi soior, il a voulu rassurer les Hongkongais lors d'un banquet, en prônant : «"Un pays, deux systèmes" est dans l'intérêt de la Chine et de Hongkong. Hongkong peut avoir une totale tranquillité d'esprit.» Dans la rue, les mouvements de protestation semblaient tous étouffés.




