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«Ferguson n’est que le bouton d’une infection beaucoup plus répandue»

James Clark, vice-président du programme de «sensibilisation communautaire» de Better Family Life.

Le 16 août 2014 à Ferguson, sept jours après la mort de Michael Brown, qui a été suivie de plusieurs nuits d'émeutes et de pillages. (Photo Jon Lowenstein. NOOR)
Publié le 28/05/2016 à 9h46

Deux ans après les émeutes de Ferguson, nous sommes allés à la rencontre de la nouvelle génération de militants noirs aux Etats-Unis.

«Les événements de Ferguson étaient prévisibles. A l’association, nous avions vu venir la crise. Nous savions que la police à majorité blanche arrêtait et distribuait des amendes aux Afro-Américains de façon injuste et disproportionnée. Depuis 2000, sur l’ensemble de la métropole de Saint-Louis, nous avons aidé plus de 24  000 personnes à les faire annuler. D’un côté, il y a le racisme systémique de la culture dominante. Et de l’autre, le fait que les Afro-Américains ne se préoccupent pas des besoins de leur propre communauté. Leurs leaders savaient pour les contrôles au faciès, les contraventions et les arrestations. Mais aucun d’entre eux ne s’est levé pour dire "il faut que ça cesse". Et pourtant, cela dure depuis des années et cela continue.

«Depuis les émeutes, on a été très bons pour publier des livres et alimenter un storytelling socialement correct. Mais le fait est que Ferguson n’est que le bouton d’une infection beaucoup plus répandue. Cette ville de la classe ouvrière a reçu beaucoup d’attention et de moyens qui sont les bienvenus. On l’a saturée. 80 % des pelouses sont tondues devant les maisons. Mais on oublie d’autres quartiers de Saint-Louis, comme Penrose ou Wells Goodfellow, où des familles sont dans une situation de crise et de violence bien pire. On continue d’ignorer le tableau de la crise sociale dans sa globalité.

«Nous faisons face à une crise économique et une crise de l’éducation dans nos quartiers. Une partie de la réponse réside dans les politiques publiques. Le Missouri doit mettre plus de moyens dans nos écoles. Mais nous devons aussi intervenir à l’intérieur de nos propres foyers. On doit aider les parents à donner plus de perspectives à leurs enfants, pour qu’ils soient prêts à apprendre lorsqu’ils entrent à l’école. Je soutiens le mouvement Black Lives Matter : il a permis de sensibiliser le monde entier sur la condition des Noirs aux Etats-Unis. Si nous devons avoir ce combat à l’extérieur, nous devons aussi envoyer ce message en interne  : nous, les Afro-Américains, ne pouvons plus nous traiter entre nous de la façon dont nous nous traitons.

«Je suis très fier d’Obama, de l’image forte d’homme afro-américain, de Président, de mari et de père qu’il a donnée. J’approuve la majeure partie de son bilan. Est-ce que j’aurais aimé qu’il se concentre plus sur les problèmes qui plombent la communauté noire ? Absolument. Obama a eu des réticences, il aurait pu prendre des mesures plus audacieuses. J’aurais aimé le voir mettre les hommes afro-américains face à leurs responsabilités, en leur demandant de résoudre leurs conflits sans avoir recours à la violence. Il aurait pu déclarer  : "Nous allons tenir la police responsable pour ses crimes. Mais vous, les hommes afro-américains, vous ne devez plus vous entre-tuer." Ou bien  : "Vous devez passer plus de temps à lire des livres à vos enfants." J’aurais aimé qu’il s’adresse directement à la communauté noire sur les maux qui la plombent au quotidien. Cela aurait eu un impact très positif.»

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