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Libération
Editorial

Réformiste

Publié le 12/07/2016 à 20h11

Un peu d'air frais dans la mondialisation… Ceux qui croient que la différence entre la gauche et la droite n'existe plus liront avec profit l'entretien exclusif que Lula vient d'accorder à Libération. A cause du ton employé, d'abord, un langage direct, sans apprêts, pour un texte pratiquement identique à sa version orale initiale. Point de communicants chics autour de l'ouvrier et syndicaliste devenu président. Sur le fond, ensuite. A écouter ses arguments, on comprend l'injustice politicienne qui frappe Dilma Rousseff, victime de ses erreurs, sans doute, mais surtout d'une opération réactionnaire que beaucoup de Brésiliens appellent désormais le «golpe», le coup d'Etat, serait-il constitutionnel. Lula est un social-démocrate issu du peuple. Sa politique est contestée aussi parce qu'il a fait sortir de la misère quelque 35 millions de pauvres que l'ordre ancien sacrifiait sans vergogne à l'enrichissement d'une mince élite de l'argent et de la naissance. On souligne souvent ses fautes et ses insuffisances, une réforme agraire limitée, un système politique timidement réformé, grevé par des affaires de corruption tout à fait condamnables, une action environnementale décevante. Mais ses procureurs issus de la gauche radicale doivent comparer le bilan de Lula et de Rousseff, réformistes bon teint tenus en suspicion par les puristes, avec le naufrage effrayant qui frappe aujourd'hui le Venezuela de feu Chávez. Aux yeux de la droite brésilienne, le vrai crime de Lula est d'avoir réduit les inégalités par des mesures socialistes dans un pays en pleine ascension, où le fossé entre riches et pauvres restait d'une profondeur abyssale. Recru d'épreuves, incarnation d'un mythe écorné par les compromis inhérents à toute politique démocratique, Lula reste l'ami des pauvres. Le peuple brésilien, de toute évidence, s'en souvient.

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