Les experts, tant vilipendés par les tenants du Brexit, n’avaient donc pas tout à fait tort. Un mois après le référendum qui a décidé de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, les premières données économiques sont tombées. Et elles sont plutôt catastrophiques. L’indice «PMI» (indice des directeurs d’achat), qui mesure l’activité économique privée du pays, a enregistré sa plus forte chute depuis la crise financière de 2009. L’activité est à son plus bas niveau, notamment dans le secteur des services, qui inclut la City, et dans celui de l’activité manufacturière. Seules les exportations s’en sortent bien, en raison de la chute de la livre sterling.
Débandade. Ce ralentissement de l'activité «est attribué d'une manière ou d'une autre au Brexit» et est, «au contraire de la crise financière, totalement autogénéré», a expliqué Chris Williamson, économiste en chef à IHS Markit, qui compile l'indice PMI. Il a prédit «de nouvelles conséquences négatives à venir, au moins à court terme», avant d'ajouter que «c'est exactement ce que la plupart des économistes avaient prévu».
Ces toutes premières données sur les conséquences économiques du vote du 23 juin tombent pile au moment où le Royaume-Uni semble reprendre son souffle, après un mois de bouleversements dans la foulée d'un vote qui signe la fin de quarante-trois ans de participation au projet européen. Après la démission du Premier ministre David Cameron, la débandade des leaders du leave (tenants de la sortie), les déchirements au sein des deux principaux partis, conservateur et travailliste, sans parler des velléités d'indépendance des Ecossais, des craintes d'un rétablissement d'une frontière entre l'Irlande du Nord et la république d'Irlande, le pays semble avoir un peu retrouvé sa tête avec Theresa May.
Jamais le Royaume-Uni n'a autant déclaré sa flamme à l'Europe que depuis qu'il a décidé de s'en éloigner. Pour sa première visite à l'étranger, à Berlin, mercredi, et Paris, jeudi, la nouvelle Première ministre l'a dit et répété : «Le Royaume-Uni ne se retire pas de l'Europe.» L'intention est claire : rassurer une opinion publique essorée et amadouer les alliés européens avant des négociations sur les modalités de la sortie de l'UE qui s'annoncent compliquées.
La presse britannique, majoritairement eurosceptique, s’est ainsi félicitée du bon accueil réservé à Theresa May par Angela Merkel et François Hollande. Berlin comme Paris ont laissé entendre qu’il était judicieux de donner au nouveau gouvernement britannique un peu de temps avant le déclenchement de l’article 50 des traités européens qui signera le début formel du Brexit. Theresa May a indiqué n’avoir pas l’intention de l’invoquer avant la fin de l’année.
Sans-faute. En substance, rien ne change vraiment. Angela Merkel comme François Hollande ont rappelé qu'il appartenait à Londres d'indiquer quel genre de relation le Royaume-Uni souhaitait créer avec l'UE une fois sorti du club. Pour le moment, les Vingt-Sept attendent toujours. Et rappellent que certains principes, comme l'accès au marché intérieur associé au respect du principe de la libre circulation, ne seront pas négociables. «Il s'agit là d'un point crucial», souligne Hollande.
Pour ses premiers pas, Theresa May, qui soutenait officiellement le camp du remain, réalise donc un sans-faute. Elle a réussi à éviter toute déclaration belliqueuse et à témoigner de sa volonté de négocier calmement avec ses interlocuteurs européens. Mais les discussions ne font que commencer.




