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Libération

Un dialogue interreligieux difficile pour l'Eglise italienne

Dans les milieux catholiques comme dans la presse, les initiatives croisées entre chrétiens et musulmans, après l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, font débat.

Le 31 juillet, des musulmans dont trois imams ont participé à la messe dominicale de la basilique Sainte-Marie-de-Trastevere à Rome. (Photo Tiziana Fabi. AFP)
ParEric Jozsef
Correspondant à Rome
Publié le 02/08/2016 à 17h00

«Insensée», «absurde», «erronée». Auprès d'une partie du monde catholique italien, la participation des musulmans à la messe de dimanche dernier, après l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray et en forme d'unité contre le fanatisme, passe très mal. Et plus encore, l'initiative du prêtre de Ventimille d'offrir symboliquement du pain aux musulmans présents dans l'église, ou encore le verset pacifique du Coran chanté par un imam sur l'autel de la basilique romaine de Sante-Marie-de-Trastevere.

«Prédication et occupation»

«La messe n'est pas une assemblée communautaire quelconque, s'est indigné Riccardo Cascioli, directeur de Bussola quotidiana, un média en ligne très suivi par les fidèles catholiques. C'est un moment sacré […] Permettre de réciter des versets du Coran légitime la prédication des musulmans et l'occupation des églises.» Le père Gianfranco Grieco, l'un des responsables des Frères mineurs Conventuels (un des ordres franciscains), lui fait écho : «Dans le droit et la vision religieuse islamiques, le lieu de prière de la communauté musulmane entre automatiquement et exclusivement en sa possession.»

Le dialogue avec l'islam est nécessaire, a pour sa part fait savoir Don Gabriele Mangiarotti, un responsable du diocèse de San Marino, mais il «faut être clair sur sa propre identité et ce que signifie être chrétien ou musulman». «Sincèrement, je ne vois pas les raisons de ces critiques», est monté au créneau Angelo Bagnasco, le président de la conférence épiscopale italienne, qui se félicite de la participation de milliers de musulmans à la messe dominicale : «Leur adhésion est une parole de condamnation et de prise de distance absolues par rapport à la violence. Nous espérons qu'il y aura d'autres signes de condamnation de la part des modérés et des non-fondamentalistes.»

«Malvenu et incompatible»

«Je suis très déçu, a pour sa part indiqué Foad Aodi, président des communautés du monde arabe en Italie. Plus de 23 000 musulmans se sont engagés et se sont rendus dans les églises et aujourd'hui, nous lisons les déclarations de prêtres qui nous disent que c'était malvenu et incompatible avec la messe. Nous n'avons aucune volonté de conquête ou d'invasion. Entrer dans une église ne signifie pas occuper un espace. Notre seule finalité est de promouvoir le dialogue interreligieux et combatte le terrorisme aveugle». Et d'ajouter : «ces prêtres surfent sur l'extrémisme catholique».

Si dans l'ensemble, la presse transalpine s'est largement fait l'écho de la mobilisation des musulmans français et italiens après l'assassinat du père Hamel, les journaux de droite critiquent «l'ingénuité» de l'Eglise catholique et le pape François pour son refus d'utiliser l'expression «violence islamique» : «Si je parle de violence islamique, je dois aussi parler de violence catholique», a justifié le souverain pontife. «Tous les jours, je lis les journaux et j'y vois des violences. En Italie, un type tue sa fiancée, un autre sa belle-mère... ce sont pourtant des catholiques baptisés, des catholiques violents». «Tuer un prêtre, est-ce vraiment la même chose que de donner une gifle à sa belle-mère ?», s'interroge du coup, polémique, le journal Il Foglio. Tandis que pour Libero, «le pape exagère un peu».

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