Traditionnellement, une élection présidentielle américaine se gagne plutôt au centre. Mais cette campagne n'a rien de traditionnel. Et Hillary Clinton, qui dispose d'une confortable avance sur Donald Trump, ne semble pour l'heure pas disposée à offrir la moindre concession aux électeurs indépendants et républicains. Conséquence de primaires démocrates où son rival Bernie Sanders - qui s'est depuis rallié à sa candidature -l'a contrainte à mettre la barre à gauche, Clinton se pose désormais en championne des luttes progressistes. Le 11 août dans le Michigan, lors d'un discours consacré à l'économie, elle a réitéré son soutien à une série de mesures longtemps portées par le sénateur du Vermont, comme la gratuité de l'université publique, le salaire minimum à 15 dollars (un peu plus de 13 euros) ou le rejet du TPP (le traité transpacifique de libre-échange, souhaité par Barack Obama). Pour celle qui se définit comme une «progressiste qui aime accomplir des choses» (sous-entendu, qui est prête au compromis), maintenir le cap à gauche est un gage donné aux quelque 12 millions d'électeurs de Bernie Sanders.
Effet repoussoir
Parmi eux se trouvent des millions de jeunes dont Hillary Clinton aura besoin pour conquérir la Maison Blanche. Les récents sondages montrent que leur soutien n’est pas acquis. Si l’élection se tenait aujourd’hui, l’ancienne First Lady n’obtiendrait que 41 % du vote des moins de 30 ans. 20 % voteraient pour Donald Trump, 17 % pour le libertarien Gary Johnson et 10 % pour la candidate écologiste, Jill Stein. En 2008 et 2012, Barack Obama avait raflé plus de 60 % des suffrages dans cette tranche d’âge.
S’assurer le soutien des pro-Sanders n’est toutefois pas la seule raison de cet ancrage à gauche. Si la candidate démocrate peut se permettre de ne pas faire campagne au centre, c’est aussi grâce à l’effet repoussoir généré par Trump. Quoi qu’il arrive, de nombreux indépendants et certains républicains voteront pour elle pour faire barrage au milliardaire. A chacun de ses meetings, Clinton s’attache à dépeindre son rival républicain comme une menace pour la démocratie américaine, invitant les électeurs de tous bords à la rejoindre.
Cette stratégie inquiète certains progressistes, qui redoutent que l'élection se transforme en référendum anti-Trump. «Elle passe plus de temps à s'en prendre à la dernière provocation en date de Trump qu'à défendre quelques idées clés», regrette par exemple Robert Reich, qui a soutenu Bernie Sanders. Cet ancien ministre du travail de Bill Clinton, aujourd'hui professeur à l'Université de Californie, craint qu'en étant élue par défaut, l'impopulaire Hillary Clinton se retrouve sans «mandat» politique.
Appel à agir
«Elle ne surfera pas sur la vague d'espoir et d'enthousiasme qui accompagne habituellement un nouveau président. Elle suscite d'ores et déjà plus de méfiance que n'importe quel candidat majeur dans l'histoire récente», ajoute-t-il. Dans le camp de Hillary Clinton, on se veut rassurant. «Elle ne se présente pas seulement comme une alternative à l'autre candidat, martèle un porte-parole. Si elle gagne, ce ne sera pas seulement un rejet de Donald Trump. Ce sera un appel à agir sur les dossiers qu'elle a défendus.» Pas sûr que les républicains, y compris ceux qui contribueront à son éventuelle élection, l'entendent de cette oreille.




