Faut-il prêter attention à tout ce qui se dit sur Twitter ? Non, sans doute. Mais quand l’homme élu président des Etats-Unis utilise ce réseau social à tout bout de champ, au point d’en faire son vecteur de communication quasi unique et d’y dicter le tempo de la transition, l’oiseau bleu et ses messages de 140 caractères maximum n’est plus une vision déformée de la réalité : il est la réalité. Défense en lettres capitales quand un dossier compromettant émerge, torpillage en règle de Hillary Clinton, autocélébration permanente, crise diplomatique avec la Chine : depuis son élection, @realDonaldTrump électrise et sidère. Entre le lendemain de son élection, le 9 novembre, et ce 17 janvier(1), il s’est écoulé soixante-dix jours et Donald Trump a tweeté 334 fois, soit une moyenne de près de cinq tweets par jour. Il n’est resté silencieux que deux fois, les 14 et 25 novembre, et est monté jusqu’à onze saillies en un seul jour.
«Twitter ? Je trouve que c'est un super moyen de communication. Mais je ne l'utiliserai pas beaucoup quand je serai président», assurait-il lors de la campagne pour les primaires républicaines. Une promesse qu'il n'a pas tenue : «Je n'aime pas tweeter. […] J'ai d'autres choses à faire. Mais j'ai droit à une couverture médiatique très malhonnête, à une presse très malhonnête. Et c'est la seule manière que j'ai trouvée de réagir», avançait-il comme explication dans un entretien diffusé mercredi sur Fox News. Où l'on retrouve son obsession contre les «médias», l'un des mots qu'il utilise le plus sur Twitter, avec «great», «Hillary», «Russia» ou «bad», «wrong» le premier restant «I» (je)…
Au réveil. Entre midi et 14 heures en France, 6 et 8 heures du matin à New York. D'un coup, une série de tweets rageurs de Donald Trump : la routine. Le nouveau président américain a le tweet matinal. Près d'un sur deux a été émis avant 10 heures. Cette habitude dessine une pratique incontrôlable par les équipes entourant Trump. S'il n'est pas le seul à tweeter avec son compte, le milliardaire le fait volontiers lui-même, notamment à des moments où il est a priori seul - le matin au réveil, ou le soir avant de se coucher. Les deux derniers jours de campagne présidentielle, en novembre, le républicain avait été «privé» de Twitter, pour éviter tout dérapage. Visiblement, il a vite retrouvé les codes…
Trump n’a pas attendu d’être président pour être riche ou célèbre. Mais son élection confère à chacun de ses tweets une viralité ahurissante. Suivi par plus de 20 millions de personnes, Trump a vu chacun de ses 334 tweets être retweetés en moyenne 20 591 fois, «aimés» 79 398 fois et susciter 14 856 réponses.
Question. Sans surprise, son tweet le plus viral est le premier qu'il a publié après son élection, suivi par celui du 31 décembre souhaitant une bonne année «à tout le monde, y compris à mes nombreux ennemis et ceux qui m'ont combattu et ont subi une défaite si cuisante qu'ils ne savent plus quoi faire». Les autres messages les plus performants abordent des sujets très divers, de la mort de Fidel Castro aux qualités d'actrice de Meryl Streep en passant par les drapeaux américains brûlés. Une palette qui témoigne de l'approche très baroque - pour un président des Etats-Unis, faut-il encore le rapeller… - qu'a Donald Trump de Twitter. Le tout, avec un vocabulaire souvent caricatural (lire ci-contre).
L’analyse des soixante-dix premiers jours sur Twitter de Trump président élu laisse sur une question angoissante : quid des 1 460 suivant ? S’il continue à ce rythme, ses quatre années à la Maison Blanche seront marquées par le commentaire permanent de sa propre action. En 2017, l’approche est intéressante - après tout, instaurer un lien direct entre le président le plus influent du monde et le moindre quidam de la planète, pourquoi pas ?
L'ennui, c'est tous les biais que cela comporte : créer un conflit diplomatique à chaque fois qu'il se plaindra du «bad guy» qu'il vient de croiser en réunion, remettre en cause la démocratie en accusant les prochaines élections d'être «rigged» (truquées), se plaindre d'une émission de télé-réalité ou de n'importe quelle broutille au risque de paraître loin de sa mission présidentielle. Autant de choses qu'il faisait lorsqu'il n'était pas entré en politique, puis qu'il a continué à faire en tant que candidat aux primaires, candidat à la présidentielle, président élu. Et président tout court ?
(1) Les données ont été collectées mercredi à midi, heure française.




