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Libération
EDITORIAL

Fous furieux

Publié le 30/01/2017 à 20h06, mis à jour le 30/01/2017 à 21h34

Les dernières infamies de Trump cachent-elles un sombre dessein pour transformer les Etats-Unis en dictature ? Nombreux sont ceux qui voient dans Trump un «complot contre l'Amérique», la version contemporaine du roman uchronique de l'écrivain américain Philip Roth, qui raconte comment l'aviateur et sympathisant nazi Charles Lindbergh, influencé par une puissance étrangère, est élu avec un programme mettant l'Amérique au premier plan. Trump = Lindbergh ? Tentant… Comme est tentante la comparaison avec le 1984 d'Orwell. Mais ce sont de dangereux parallèles. Il n'y a rien de romanesque chez Trump. Au contraire, il est temps qu'on le prenne au sérieux. Et qu'on se méfie aussi des proximités avec l'histoire : l'avenir n'est pas écrit d'avance. Les seules choses certaines, c'est que Trump va, avec sa bande de fous furieux fascisants, tester tous les contre-pouvoirs de la démocratie américaine à grands coups d'alternative facts. Il va avancer ses pions pour mener sa contre-révolution raciste et ultraconservatrice. Chercher à effacer toutes les avancées sociétales et sociales, imparfaites mais réelles, nées des luttes pour les droits civiques, le droit des femmes à disposer de leur corps, et celui des personnes de même sexe à se marier entre elles. Il va braver la Constitution, la résistance des juges, de la presse indépendante, des intellectuels, des scientifiques. Face à ce terrorisme d'Etat contre la réalité, les anti-Trump américains devront fourbir de nouvelles armes et ne pas réagir à chaque tweet et mensonge provocateurs. Ce long combat ne se mènera pas seulement de l'autre côté de l'Atlantique, puisque Trump s'attaque aussi à la communauté internationale. En 2001, par solidarité, certains avaient dit que «nous [étions] tous des Américains». En 2017, nous devrions tous être des immigrants musulmans.

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