Donald Trump a longtemps promis d'expulser du territoire les millions d'immigrés clandestins arrivés sur le territoire, ces fameux «bad hombres». «Ce que nous allons faire, c'est prendre les gens qui sont des criminels et qui ont des casiers judiciaires, qui appartiennent à des gangs, qui sont des trafiquants de drogue […], sans doute 2 millions, ça peut aussi être 3 millions, nous allons les renvoyer du pays ou nous allons les mettre en prison. Mais nous allons les renvoyer de notre pays, ils sont ici illégalement», déclarait-il tout juste élu à la chaîne CBS.
Chose promise, chose due. Le département de la Sécurité intérieure a publié mardi deux mémos qui facilitent pour les agents des services d'immigration et de douane des Etats-Unis (ICE), l'arrestation, la détention et l'expulsion des immigrants illégaux à l'intérieur des États-Unis tout comme à la frontière avec le Mexique.
Secretary Kelly Issues Implementation Memoranda on Border Security and Interior Enforcement Executive Orders → https://t.co/whIetfc3lK
— Homeland Security (@DHSgov) February 21, 2017
Jusqu'ici l'administration Obama se concentrait sur les clandestins condamnés pour des crimes ou délits graves. Désormais, priorité est donnée aux clandestins reconnus coupables d'une infraction pénale, même s'ils ne sont pas encore condamnés. Sont aussi visés ceux qui «se sont livrés à une fraude ou à une fausse déclaration intentionnelle dans le cadre d'une affaire officielle devant un organisme gouvernemental» ou ceux ayant abusé d'un programme d'avantages sociaux. Cela pourrait inclure par exemple les clandestins qui utilisent de faux numéros de sécurité sociale pour obtenir un emploi. Finalement, tous ceux qui «constituent un risque d'atteinte à l'ordre public ou à la sécurité nationale», à la seule appréciation de l'agent d'immigration, pourront être expulsés. Au total, ce sont 11 millions de clandestins vivant aux Etats-Unis qui pourraient être concernés.
Un «Dreamer» arrêté
Seuls rescapés pour le moment de ces nouvelles directives : les «Dreamers», ces sans-papiers arrivés avant l‘âge de 16 ans sur le sol américain. Ils sont protégés par le programme Daca (Deferred Action for Childhood Arrivals), instauré en 2012 par Obama, qui les empêche d’être expulsés et qui leur donne un permis de travail. Ce statut, qui dure deux ans et est renouvelable, concerne actuellement 750 000 jeunes non-Américains.
Mais l'inquiétude grandit quant à leur sort. Si Donald Trump a promis lors de sa dernière conférence de presse en solo de «traiter Daca avec cœur», Jeff Session, le nouveau ministre de la Justice, avait quant à lui estimé lors de son audition de confirmation devant le Sénat début janvier que mettre fin au Daca ne serait pas anticonstitutionnel. Un premier «Dreamer» a d'ores et déjà été arrêté par l'ICE. Daniel Ramirez Medina, 23 ans et père d'un garçon de trois ans, est accusé d'appartenir à un gang. Il est détenu depuis deux semaines dans une prison de Tacoma, dans l'Etat de Washington.
«Expulsions massives»
Le ministère de la Sécurité intérieure prévoit d'employer 10 000 officiers et agents supplémentaires, ainsi que 5 000 gardes frontière. Tandis que la nécessité de construire un mur à la frontière avec le Mexique est de nouveau présentée dans le second mémo. Les procédures d'expulsions seront accélérées pour les clandestins arrivés depuis moins de deux ans aux Etats-Unis, contre deux semaines sous Obama. La puissante Aclu, l'Union américaine pour les libertés civiles, a dénoncé cette «politique d'expulsions massives». Un terme que réfute le gouvernement. «Nous n'avons pas besoin d'un vent de panique», a déclaré un responsable du département de la Sécurité intérieure, cité par Politico. Nous exécutons simplement les lois qui sont adoptées par le Congrès américain».«Le président Trump n'a pas le dernier mot ici, les tribunaux et le public ne laisseront pas ce rêve anti-américain devenir réalité», a promis Omar Jadwat, qui dirige le programme sur les droits des migrants de l'organisation.
KNOW YOUR RIGHTS: What to do if ICE agents show up at your door. #NoBanNoWallNoRaids pic.twitter.com/HOAF5qtYAs
— ACLU (@ACLU) February 10, 2017




