L'Allemagne, assure le président Erdogan, recourt à des méthodes «dignes du nazisme»… Indignation à Berlin où le secrétaire général de la chancellerie, Peter Altmaier, parle de «propos inacceptables», tandis que le secrétaire général de la très conservatrice CSU bavaroise, Andreas Scheuer, rétorque en qualifiant de «dérapage» les propos du «tyran du Bosphore»… Pendant tout le week-end, les autorités turques ont tiré à boulets rouges sur le gouvernement allemand, coupable aux yeux d'Erdogan d'avoir cherché à interdire la tenue de meetings électoraux de deux de ses ministres dans le sud et l'ouest de l'Allemagne. A quelques semaines d'un référendum constitutionnel qui semble plus mal engagé qu'escompté, prévu le 16 avril, les autorités turques «paniquent», de l'avis de la presse allemande. L'apport des 1,4 million d'électeurs turcs-allemands inscrits sur les listes électorales est d'autant plus important pour Erdogan que cet électorat lui est largement acquis : 60% des Turcs allemands ont voté pour l'AKP aux dernières élections.
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Marée de drapeaux rouges et blancs
Erdogan, qui s’était rendu en personne à Cologne à la veille du scrutin pour y rencontrer ses fans, affluant de toute la région mais aussi des Pays-Bas et de Belgique, aurait l’intention de revenir dans le pays en mars. L’opinion allemande y est majoritairement opposée : la vision d’une marée de drapeaux rouges et blancs agités fanatiquement sur le sol allemand rappelle aux yeux des Allemands les limites de l’intégration des Turcs d’Allemagne. Et le gouvernement fédéral craint que la diffusion de nouvelles images de ce type ne donne des ailes au parti populiste AfD, à quelques mois des législatives de septembre.
«Je fais un esclandre»
Au cours du week-end, Erdogan a rappelé sa détermination à rencontrer ses fans d'Allemagne : «Si je veux, je viens demain. Je viens, et si vous ne me laissez pas entrer, ou si vous ne me laissez pas parler, alors, je fais un esclandre.» Côté allemand, on tente l'apaisement. Angela Merkel a besoin d'Ankara pour tenir ses promesses de contenir l'arrivée des réfugiés ; elle cherche à obtenir la libération de Deniz Yücel, le correspondant germano-turc du quotidien Die Welt accusé de soutenir le terrorisme à la suite d'une interview du chef du PKK. Et surtout, elle redoute l'importation en Allemagne des tensions internes à la Turquie. Trois millions de personnes d'origine turque vivent en Allemagne, dont quantité d'Alévis et de Kurdes, hostiles au régime d'Erdogan.




