«Mettez votre gilet de sauvetage, ne bougez pas et attendez.» Le 16 avril 2014, ce message, diffusé dans les coursives du Sewol, n'avait laissé aucune chance à 304 des 476 passagers de ce ferry sud-coréen, en difficulté au large de l'île de Jindo. Le navire avait mis trois heures à couler, mais aucun ordre d'évacuation n'avait été donné aux passagers, dont 325 élèves d'un même lycée en voyage scolaire. Quinze des 29 membres d'équipage avaient été les premiers à monter sur les bateaux des secouristes. Et l'image du capitaine, fuyant en caleçon son bateau qui sombrait, est restée gravée dans la mémoire nationale.
Près de trois ans après, le renflouage de l'épave de 145 mètres de long, reporté plusieurs fois depuis l'an dernier pour cause de mauvais temps, a commencé ce mercredi. Le consortium chinois en charge des opérations a envoyé sur place deux énormes barges, des airbags, des poutres et des câbles. Au terme des trois premières heures de travail, l'épave, qui reposait à 40 mètres de fond, s'est élevée d'un mètre. Le renflouage devrait durer trois jours : lorsque les deux tiers du Sewol auront fait surface, un navire semi-submersible se glissera dessous pour le transporter jusqu'au port le plus proche.
Outre les erreurs de l'équipage, l'enquête a démontré que le Sewol était beaucoup trop chargé, presque quatre fois la limite autorisée. Les aménagements illégaux réalisés par l'armateur pour augmenter sa capacité l'ont déséquilibré lors d'un virement de bord trop serré, pris par un timonier inexpérimenté. Le capitaine a été condamné à trente-six ans de prison pour «homicide par négligence aggravée». Le premier appel de détresse avait été lancé par un adolescent inquiet de voir le navire pencher, à 1 500 mètres de la côte.
Cette tragédie a été le déclencheur de la descente aux enfers de la présidente Park Geun-hye. Le jour du naufrage, elle était aux abonnés absents pendant sept heures, et ne s'en est jamais expliquée. Ce silence lui a encore été reproché lors de sa destitution pour corruption par l'Assemblée nationale, en décembre. Les Sud-Coréens n'ont jamais pardonné le laxisme et le mépris des autorités dans cette affaire. Les familles des victimes, dont certaines campent depuis le drame sur la rive, vont surveiller jour et nuit à la jumelle et à bord d'embarcations les opérations de renflouage. Neuf corps pourraient encore être piégés dans le Sewol.




