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Poignée de main

Poutine-Merkel, grises retrouvailles sur la mer Noire

La chancelière allemande a rencontré quatre heures durant le président russe ce mardi à Sotchi. Un sommet loin de marquer la réconciliation entre les deux Etats.

Angela Merkel et Vladimir Poutine à Sotchi le 2 mai. (Photo Alexander Nemenov. AFP)
Publié le 02/05/2017 à 18h09

Cela faisait deux ans qu’Angela Merkel n’avait pas mis les pieds en Russie et elle avait bien l’intention de ne pas y retourner avant la fin des hostilités en Ukraine. Mardi, la chancelière a tout de même passé près de quatre heures à Sotchi, la résidence d’été des chefs d’Etat russes sur les bords de la mer Noire, officiellement pour préparer le sommet du G20 qui se tiendra début juillet à Hambourg.

Angela Merkel et Vladimir Poutine se connaissent comme peu d'autres couples politiques sur la scène internationale. Chacun parle la langue de l'autre et leur longévité en politique les a obligés à se rencontrer à de maintes reprises. Pourtant les relations entre les deux dirigeants restent tendues. «On ne peut vraiment pas parler d'amitié politique, rappelle Susan Stewart, spécialiste de l'Europe de l'Est à la fondation allemande SWP. C'est une relation d'affaires, une relation plutôt compliquée. D'un côté, lorsque Poutine regarde vers l'Union européenne il s'adresse à Merkel plutôt qu'à Bruxelles. La Russie préfère les relations bilatérales. De l'autre, l'élite russe en général et Poutine en particulier ont été très surpris et irrités lorsqu'en 2014 l'Allemagne a changé de ligne envers Moscou, multiplié les critiques et provoqué les sanctions», décrétées par l'Union européenne en réponse à l'annexion de la Crimée.

Un œil sur Trump

Depuis Berlin n'a pas changé de position. La Russie, elle, s'irrite du rôle joué par la République fédérale en soutien à la rhétorique anti-russe en Europe de l'Est, de l'avis du quotidien Izvestia. «Pour Vladimir Poutine, Angela Merkel est un problème en raison de sa position sur l'Ukraine et de la défense des sanctions européennes contre la Russie», résume Stefan Meister, spécialiste de la Russie au sein du think tank DGAP, qui s'attend à de massives cyberattaques sur la campagne électorale allemande. Les attaques russes contre les pays occidentaux en général, contre l'Allemagne en particulier, ont d'ailleurs monté en puissance avec la crise ukrainienne.

Les sujets qui fâchent ne manquaient donc pas au menu du déjeuner des deux dirigeants à Sotchi. Devaient également être abordé : la lutte contre le terrorisme, la Syrie et la situation au Proche-Orient, ainsi que le sujet Donald Trump, que la chancelière a récemment rencontré à Washington. Poutine «sera intéressé d'entendre comment elle juge le président américain», assurait le quotidien russe Nezawisimaja Gazeta à la veille de la rencontre, alors que Trump n'a pas encore prévu de rencontrer son homologue russe.

Enfin, Angela Merkel a évoqué la question des droits humains et du respect des minorités. «J'ai parlé de ce rapport très négatif sur ce qui arrive aux homosexuels en Tchétchénie et j'ai demandé au Président qu'il use de son influence pour que les droits des minorités soient préservés», a précisé Angela Merkel au cours d'une conférence de presse commune avec le président russe. Poutine n'a pas évoqué le sujet lors de sa prise de parole. Fin mars, le quotidien indépendant Novaïa Gazeta avait révélé que les homosexuels sont devenus la cible des autorités tchétchènes, qui auraient arrêté une centaine d'hommes et incité leurs familles «à les tuer pour laver leur honneur».

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