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Guerre virtuelle

Kiev multiplie les sanctions contre les médias et les réseaux sociaux russes

L'Ukraine a imposé mardi de nouvelles sanctions à la Russie, bloquant l'accès sur son territoire à des services internet russes dont se servent des millions d'Ukrainiens, une décision controversée dans le pays et qualifiée d'«inamicale» par Moscou.

Petro Porochenko, le 14 mai à Kiev. (Photo Reuters)
Publié le 16/05/2017 à 18h28

Le fossé se creuse un peu plus tous les jours entre l’Ukraine et la Russie. Le président ukrainien Petro Porochenko, dans le souci de soustraire son pays à l’influence du grand voisin, continue de limiter l’accès des Ukrainiens à l’espace informationnel russe. Certaines chaînes de télévision russes sont déjà interdites de diffusion en Ukraine, et pas seulement les habituels mégaphones de la propagande officielle, comme Perviy Kanal ou NTV, mais aussi la modérée RBC et l’indépendante Dojd.

C'est désormais au tour des réseaux sociaux et autres entreprises de technologies, contrôlés par le Kremlin, qui sont autant des «relais de la propagande russe» que des «menaces à la cybersécurité de l'Ukraine». Porochenko a signé ce mardi un décret bloquant l'accès aux très populaires VKontakte et Odnoklasniki, au portail Mail.ru, à Yandex.ru, le Google russe, principal moteur de recherche russophone, avec de nombreux services et applications (agrégateur de news, cartographie et navigation, taxis, musique, système de paiement en ligne, etc.), ainsi qu'à l'antivirus Kaspersky Lab.

Une interdiction «étrange et inattendue»

Tous les sites interdits se trouvent dans le top 10 des ressources en ligne les plus populaires en Ukraine. VKontakte, loin devant Facebook, regroupe 78% de parts de marché, avec 16 millions de connexions uniques par jour en février 2017. Yandex, deuxième moteur de recherche après Google, est utilisé par 11 millions d’internautes par mois, et Odnoklasniki enregistre plus de 5 millions de connexions quotidiennes.

Les Ukrainiens ont réservé un accueil mitigé à la décision présidentielle. Si quelques internautes se félicitaient de l'aspect sécuritaire et «patriotique» de la démarche, beaucoup ont manifesté leur mécontentement face à une atteinte à la liberté de s'informer et de communiquer. La représentante de Reporters sans frontières en Ukraine, Oksana Romaniouk, trouve l'interdiction «étrange et inattendue». «Soi-disant, c'est parce que la Russie gagne de l'argent sur nos utilisateurs et que nous sommes en guerre. Mais ce sont des sanctions contre les citoyens eux-mêmes», écrit-elle sur sa page Facebook. Surtout que les réseaux sociaux interdits, VKontakte et Odnoklassniki, beaucoup plus utilisés que Facebook, constituaient un moyen essentiel de communication pour les personnes vivant dans les régions en guerre, et un outil d'information précieux sur ce qui s'y passe.

Pour le Kremlin, il s'agit d'une «nouvelle manifestation de la politique inamicale et à courte vue suivie vis-à-vis de la Russie». Des mesures de rétorsion ne sont pas à exclure. «En bloquant des ressources de masse populaires, le pouvoir se discrédite, a commenté de son côté le vice-ministre des Communications russe, Alexei Volin, car il montre que ses décisions ne sont pas réalistes, puisqu'elles sont contournables […] Mais ce n'est pas la première fois, le passe-temps des autorités ukrainiennes étant de se tirer des balles dans le pied.» Remarque judicieuse, si l'hôpital ne se moquait pas de la charité. Rappelons que la Russie a commencé à faire la police sur Internet il y a déjà un an, en bloquant des sites jugés indésirables comme les messageries WeChat ou BlackBerry Messenger, le site de téléchargement RuTracker, le réseau professionnel LinkedIn, ainsi que les sites pornos YouPorn et PornHub.

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