Le mouvement anti-élite qui parcourt le monde occidental vient de faire des ravages au sein du Parti socialiste espagnol, le PSOE. Dimanche, à l'issue d'une primaire très attendue, le candidat de «la base» l'a emporté haut la main sur l'option de l'«appareil» et des vieux briscards, notamment les anciens chefs du gouvernement José Luis Zapatero et Felipe González. «Nous allons rénover en profondeur le parti», a clamé Pedro Sánchez, sourire triomphal et allure de jeune premier. Avec 50 % des suffrages exprimés par les 188 000 militants, le futur secrétaire général a terrassé l'ultra favorite, Susana Díaz, présidente de la région Andalousie.
Le triomphe de Pedro Sánchez s'inscrit dans un contexte de profonde décadence du PSOE, qui a perdu quatre scrutins consécutifs (dont les législatives de juin 2016, loin derrière la droite, et talonné par Podemos). En préférant Pedro Sánchez à Susana Díaz, la majorité des militants a fait le choix d'un virage à gauche, que beaucoup redoutent. Pedro Sánchez se targue ainsi de «ne dépendre d'aucun pouvoir», «de ne rien devoir à aucun leader historique ou groupe de pression».
«Avec la victoire de Sánchez, commente l'éditorialiste Antonio Zarzalejos, c'est tout l'échiquier politique qui est bouleversé. Le mouvement socialiste s'est radicalisé, cela va créer une périlleuse tension entre les forces politiques.» Première conséquence : le conservateur Mariano Rajoy, qui gouverne en minorité depuis le début de l'année grâce à l'abstention du Parti socialiste lors de son investiture, perd de sa marge de manœuvre.
Deuxième conséquence : Sánchez, dont les thèses sont proches de celles de Podemos, a le souhait de faire tomber le gouvernement de Rajoy, «qui fait honte aux Espagnols tant il est corrompu», via une motion de censure. Et de former un gouvernement alternatif avec Pablo Iglesias, le chef de file de Podemos. Une formation qui est un allié potentiel mais aussi un authentique frère ennemi…




