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reportage

Catalogne: le referendum qui affole l’Espagne

Bien que Madrid ait ordonné la mise sous scellés des bureaux de vote, les électeurs catalans tenteront dimanche de tenir le scrutin sur l’indépendance. Mais quel que soit le résultat, les fractures persisteront.

Manifestation d’étudiants à Barcelone, jeudi. (Photo Matthias Oesterle. Zuma. REA)
ParFrançois Musseau
Envoyé spécial à Barcelone
Publié le 29/09/2017 à 20h37, mis à jour le 29/09/2017 à 21h16

«Votarem» («nous voterons»), «ganyarem» («nous gagnerons»), «democracia»… Plaça de la Universitat, à Barcelone, une nuée de slogans favorables au référendum sur l'indépendance de la Catalogne de dimanche, interdit par Madrid, sont accrochés aux murs. Ou inondent des tables autour desquelles des certaines d'étudiants se relaient pour défendre «le droit à voter» et «la résistance à l'Etat espagnol oppresseur». Sergio, 23 ans, de la faculté de philosophie, a enchaîné deux nuits dans le hall universitaire afin d'empêcher les forces de l'ordre d'en prendre possession.

Sur une cinquantaine de tables couvertes de propagande séparatiste, ces jeunes indiquent à ceux qui s'approchent l'emplacement de leurs bureaux de vote respectifs pour le scrutin de ce dimanche. Une femme élégante d'une soixantaine d'années s'approche et glisse quelques euros dans une boîte à chaussures faisant office de tirelire : «Pour moi, c'est le Mai 68 de la Catalogne. Une révolte pacifique contre l'ordre établi, en l'occurrence la botte espagnole, un pouvoir qui a peur de perdre son joyau catalan et qui refuse de dialoguer.»

Tracteurs et drapeaux

A l'image de ces étudiants mobilisés pour favoriser un vote massif - malgré les opérations policières qui ont en bonne partie démantelé le dispositif électoral et saisi 10 millions de bulletins et des centaines d'urnes -, la désobéissance civile et institutionnelle s'organise dans toute la Catalogne. Vendredi, selon l'un des principaux syndicats agricoles, 2 150 tracteurs hérissés de drapeaux catalans sont partis de toute la région pour converger vers des agglomérations. Parmi ces véhicules, 400 ont roulé dans le centre de Barcelone en direction de la préfecture, calle Mallorca, afin de revendiquer le «droit de décider de l'avenir».

A la veille du référendum qui déchire cette région turbulente et ébranle l’Espagne entière, la question clé est celle des bureaux de vote, alors que la justice a ordonné leur mise sous scellés et menacé de lourdes peines les cas de désobéissance. Les 5,3 millions d’électeurs pourront-ils y pénétrer ?

C'est la principale incertitude. Autour d'organisations citoyennes, telles que l'ANC ou Omnium, des militants se sont enfermés à l'intérieur. D'autres organisent des concentrations massives pour ce dimanche afin de «forcer» les barrages policiers. «Que vont faire les forces d'occupation espagnoles ? s'étrangle Lluís, un médecin qui fait un sit-in depuis jeudi face à un bureau de vote du centre de Barcelone. Elles vont charger la foule ? Elles vont nous empêcher de pénétrer dans l'établissement et exercer notre droit de vote ?»

Imbroglio

Sur le plan sécuritaire, tout est très incertain. Les 6 000 gardes civils et policiers nationaux dépêchés par Madrid pourront difficilement bloquer l'accès aux 2 315 bureaux de vote - dont la charge incombe à 7 235 volontaires prévus. C'est en tout cas la stratégie du «govern», l'exécutif régional indépendantiste. En son nom, le leader Carles Puigdemont a pris sur lui la «responsabilité politique» de l'ouverture de ces centres, que Madrid entend bien maintenir fermés. Quant aux 17 000 Mossos d'Esquadra, membres de la police catalane soumise à l'autorité judiciaire espagnole, ils ont signifié vendredi qu'ils acceptent «la loi» du pouvoir central, mais qu'ils ne feront pas «usage de la force» pour éviter la tenue du scrutin. Entendez : nous n'empêcherons pas les gens d'entrer dans les bureaux de vote, et donc, nous désobéissons à Madrid. Quelle que soit l'issue de cet imbroglio dimanche soir, les autorités catalanes n'imaginent pas autre chose que la sortie du giron espagnol. «Le référendum aura lieu, le oui l'emportera, et quarante-huit heures plus tard, il y aura une déclaration d'indépendance», a assuré le chef de la diplomatie régionale, Raül Romeva. Quels que soient les conditions et le résultat du vote, s'il se tient finalement, les séquelles sociales et politiques de la déchirure hispano-catalane seront profondes et douloureuses à l'issue d'une des pires crises traversées par l'Espagne depuis le retour de la démocratie en 1975. Les autorités catalanes ont ainsi avancé vendredi soir l'hypothèse d'une grève générale dans la région dès lundi et ce, pendant quinze jours.

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