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Libération
«C'est l'histoire de la vie»

La fin de la ballade de Jem, l'escargot anglais impossible à apparier

Ce gastéropode senestre, vedette de l'Université de Nottingham, a fait les honneurs des gazettes en mai dernier : avec sa coquille montée à l'envers, il avait les pires difficultés à se reproduire, et ses tentatives ratées ont suscité une vague d'empathie dans le monde entier. Depuis, de la bave a coulé sous les ponts...

Jem l'escargot senestre chevauchant un escargot dextre anonyme, le 18 mai. Dans cette configuration, aucune chance pour lui/elle d'arriver à ses fins en termes de copulation, ses organes génitaux étant placés à l'exact opposé de ceux de l'immense majorité de ses congénères gastéropodes. (Photo AFP)
Publié le 12/10/2017 à 11h02

Il y a quelques mois, vous aviez peut-être lu ici-même la tragique histoire de Jeremy l'escargot anglais, sans descendance car senestre (avec la coquille qui s'enroule à l'envers et donc les attributs du côté inverse, pour celles et ceux qui ne seraient pas maîtres ès anatomie gastéropodale, une particularité génétique rarissime).

Ce sympathique animal, qui avait ainsi les pires difficultés à se reproduire, était devenu la vedette abstinente et baveuse de l'Université de Nottingham, en Grande-Bretagne, avec un compte Twitter spécifique (Shellebritysnail) et engouement planétaire inclus (une simili-Phoebe Buffay lui a même dédié une chanson, la ballade de Jem en quelque sorte, que voici ci-dessous, pour le plaisir).

(Après «Tu pues le chat», «Tu chopes pas l'escargot»)

Sachant qu'il a été trouvé dans une boîte à compost par un scientifique à la retraite du Muséum d'histoire naturelle de Londres, on peut dire que toute la vie de Jerem' est un roman qu'il faudra un jour écrire. Un roman qui révulserait sans doute les partisans de la «Manif pour tous», car Jeremy préférait se faire appeler «Jem», un prénom moins masculin, et se définissait comme de genre neutre - comme tous les escargots, Jen est hermaphrodite. L'escargot se décrit comme LGBTIQA (pour «lesbiennes, gay, bis, trans, intersexes, queer et allié.e.s»), dans sa bio Twitter. De quoi peut-être réaliser une version queer de Bernard et Bianca ?

Venons-en aux faits. Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise est que Jem vient malheureusement de quitter sa coquille d’être mortel (et donc Jem is dead). Ce qui se comprend lorsqu’on sait que l’espérance de vie d’un escargot dépasse difficilement trois ans.

La bonne nouvelle : après bien des difficultés, ce gastéropode résilient a réussi à se reproduire (et, parce que le gène de la maladie de Jem est récessif, ses bébés ont la coquille dans le bon sens!) «Le gène responsable du caractère dextre est dominant. Il faudra donc attendre les générations descendant de ces naissances pour avoir peut-être une chance d'obtenir un nouvel escargot senestre» expliquait ainsi le professeur Angus Davison, en charge d'une étude à l'université de Nottingham sur le patrimoine génétique d'escargots rares tels que Jem.

Voici une rare image de sa descendance :

Pour aller plus loin :

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