Journaliste et historien, Vincent Quivy est l'auteur de Qui n'a pas tué John Kennedy ? (Le Seuil, 2013).
Qu’attendez-vous de la déclassification des derniers documents sur l’affaire Kennedy ?
Depuis 1963, plus de cinq millions de documents ont été rendus publics. Il reste environ 3 000 documents : on a déjà énormément d’informations. Ce qu’on en attend, ce sont des détails, mais plutôt sur la périphérie que sur l’affaire elle-même, des documents qui préciseraient les connaissances des services de renseignement sur Lee Harvey Oswald. Quand il a assassiné Kennedy, il avait un dossier au FBI et à la CIA, parce qu’il avait vécu en URSS. Un agent du FBI était chargé de le suivre. L’assassinat du Président par un homme qui était censé être surveillé a créé une panique au sein des services secrets : c’était une énorme faute. Ils ont ensuite essayé de dissimuler leur erreur, et le dossier du FBI sur Oswald a été détruit.
Votre conviction, c’est qu’Oswald a agi seul ?
J’ai basé mon travail sur les documents publiés depuis 1963. La commission Warren s’est tenue juste après l’assassinat, mais d’autres commissions d’enquête se sont penchées sur le dossier, de manière directe ou indirecte, notamment dans les années 70, après l’affaire du Watergate qui mettait en cause une partie des services secrets. En 1978, une commission d’enquête parlementaire a repris toute l’affaire et a eu énormément de moyens pour travailler. En cinquante ans, il y a eu non seulement toutes les enquêtes officielles, mais aussi des enquêtes de journalistes, de chercheurs… Tout cela a amené une documentation incroyable. Les seules preuves véritables impliquent Lee Harvey Oswald, et uniquement lui.
Il y a tout de même des choses à apprendre de ces documents ?
Ils m’intéressent pour avoir des détails sur certains personnages, mais l’affaire en elle-même ne va pas en dépendre. On pense aussi que la plupart des documents qui vont être déclassifiés sont ceux qui concernent des gens que les services de renseignement ne voulaient pas impliquer. Le FBI et la CIA, surtout dans les années 60, se sont appuyés sur un réseau d’informateurs énorme.
Plus que l’affaire, cela peut éclairer le fonctionnement des services secrets à l’époque ?
On l’espère un peu. Mais il faut garder à l’esprit que les enquêtes parlementaires après le Watergate ont été très fouillées - aux Etats-Unis, le pouvoir d’enquête est beaucoup plus développé qu’en France. Elles ont obligé véritablement les services secrets à sortir leurs dossiers. En réalité, on sait beaucoup de choses, même si les gens qui travaillent là-dessus ne prennent pas forcément la peine d’aller fouiller dans ces énormes dossiers… Les turpitudes du FBI et de la CIA dans les années 60 sont connues depuis longtemps. Ce qu’on va avoir avec ces nouveaux documents, ce sont des détails, mais cela ne va pas changer fondamentalement la perspective.




