«Quand j'ai entendu taper à la porte, je me suis caché au grenier, dans un panier de riz. J'avais tellement chaud, j'avais si peur, j'entendais les soldats fouiller la maison, puis les tirs dans la rue. Dans l'après-midi, j'ai entendu mon petit frère crier dehors "Maman !" J'ai pensé que c'était un piège. J'ai regardé dehors. Des militaires traînaient des cadavres sur la route. Ils les lançaient dans des camions en comptant "1, 2, 3" ! Les femmes ont fait entrer mon frère. Il était couvert de sang.»
«Quand j’ai vu son torse ouvert, je me suis évanoui. Il m’a dit que nos deux frères étaient morts. Le lendemain, nous avons fui au Bangladesh. Sur le chemin, un nombre incalculable de gens marchaient. J’ai porté mon frère durant quatorze jours à travers les montagnes. Ses blessures sentaient mauvais. J’ai vu des corps sur le bord de la route. L’un n’avait plus de jambes, l’autre n’avait plus de tête. Nous avons perdu 32 membres de notre famille ce jour-là. Plus tard, on nous a dit que notre maison avait brûlé.»
Mohamed Shuwip, 27 ans, fait partie des 626 000 Rohingyas qui ont fui un nettoyage ethnique mené par les forces de l'ordre en Birmanie depuis le 25 août. Les Nations unies, le 5 décembre, ont évoqué des «éléments de génocide».




