«Un régime brutal et corrompu.» Un peuple «réprimé», qui a faim de «liberté». La description lapidaire de l'Iran faite par Donald Trump dans ses tweets rageurs est nourrie de sa détermination à attiser les feux de ce qu'il espère être la révolution populaire qui condamnerait le régime tant honni. Mais ces mots résonnent aussi avec ceux d'une population qui trouve depuis quelques jours le courage de se rassembler dans les rues pour faire entendre sa voix et exprimer ses aspirations au changement, dans un pays miné par le chômage et la corruption. Si le président Rohani peine à convaincre les citoyens qui lui ont récemment renouvelé leur confiance dans les urnes, c'est très directement contre la théocratie autoritaire et ses institutions abondamment financées par les deniers publics que convergent les revendications.
Depuis deux jours, l'Etat iranien a mis en branle son terrifiant et efficace appareil répressif, tenu par les Gardiens de la révolution. Des places, des rues sont verrouillées par les forces antiémeutes du régime, limitant les rassemblements à défaut de pouvoir tous les empêcher. Faisant aussi resurgir, dans les témoignages que Libération a pu recueillir ces dernières heures, le spectre de la terrible répression qui avait étouffé les émeutes de 2009. L'histoire a parfois une fâcheuse tendance à bégayer…
Mais briser les poings qui se lèvent n’a jamais éteint la rage. Elle l’attise. Assiste-t-on aux derniers soubresauts d’un mouvement avorté ou aux prémices empêchés d’une révolution naissante ? Une seule certitude : c’est dans ces moments où s’écrit l’histoire des peuples que la diplomatie, avec fermeté mais sans provocation, doit vigoureusement et inconditionnellement faire jouer le concert des nations. Pas à coups de tweets incendiaires et irresponsables. Mais en assurant le peuple d’Iran que le monde le regarde et entend sa voix.




