Ils n’étaient pas «expats»… Alors, aux yeux de Lafarge, leur sort importait sans doute moins. Les témoignages des salariés syriens de Lafarge que nous publions font froid dans le dos. Depuis le début de la guerre en Syrie, et surtout depuis l’instauration du «califat» de Daech à quelques pas de leurs précieuses usines, les dirigeants de Lafarge ont voulu à toute force maintenir leurs installations en fonctionnement. La sauvegarde des investissements passant avant tout, ils ont exigé de leurs salariés qu’ils restent sur place, en dépit des attaques, des enlèvements, des exécutions qui sévissaient alentour, y compris sur les routes que les salariés locaux devaient emprunter journellement pour aller au travail. Ces dirigeants indifférents sont maintenant accusés d’avoir subrepticement financé les terroristes, en échange de l’autorisation de poursuivre leur activité. Ils sont surtout accusés, par leurs anciens salariés syriens, de les avoir délibérément abandonnés quand la situation est devenue intenable. Les Français détachés dans l’usine ont été rapatriés. Les autres sont restés sur place, sans savoir que faire, privés de protection, et même des véhicules qui devaient leur permettre de s’échapper. C’est ce comportement, rappelant furieusement d’anciennes pratiques coloniales, qui sera prochainement examiné devant les tribunaux français, sans qu’on puisse préjuger du résultat. Interrogée par la justice, la direction de Lafarge nie sa responsabilité. Les repreneurs suisses qui dirigent maintenant la société sont moins indulgents : ils stigmatisent sans ambages la pratique de leurs prédécesseurs. Pour toutes ces raisons, la voix des Syriens délaissés mérite d’être entendue. Français ou étrangers, tous les salariés de Lafarge étaient égaux en travail et en dignité. Apparemment, aux yeux d’une direction surtout soucieuse de rentabilité, certains étaient moins égaux que d’autres
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Publié le 16/01/2018 à 20h46
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