La partie de poker menteur qui se jouait depuis quelques jours à Washington a pris fin lundi. Et les démocrates ont perdu. Peu après midi, heure locale, le Sénat américain a approuvé à une très large majorité (81 à 18) une rallonge budgétaire de trois semaines. Le texte, qui devait ensuite être voté par la Chambre des représentants et signé par Donald Trump, permet de mettre fin à la fermeture partielle du gouvernement fédéral (le shutdown) entamée vendredi soir à minuit.
«Après de nombreuses discussions, des offres et des contre-offres, le chef de file des républicains et moi-même sommes arrivés à un accord», a annoncé le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer. En réalité, Schumer n'a obtenu qu'une chose : l'engagement du patron du Sénat, le républicain Mitch McConnell, à négocier une réforme migratoire. Si aucun accord global n'est trouvé d'ici la prochaine échéance budgétaire du 8 février, McConnell s'engage à ce que le Sénat trouve une solution au sort des dreamers, ces jeunes migrants arrivés enfants aux Etats-Unis.
Avec les républicains au contrôle de tous les leviers du pouvoir (Maison Blanche, Chambre et Sénat), le seul moyen de pression des démocrates réside au Sénat, où certaines décisions (budgétaires notamment) nécessitent une majorité de 60 sièges (sur 100). Pour certains votes, les républicains ont donc besoin d'une dizaine de voix démocrates. Forts de cette minorité de blocage, ces derniers avaient refusé, vendredi, de voter la rallonge budgétaire tant que le sort des dreamers ne serait pas réglé.
En cédant au bout d'à peine trois jours, les leaders démocrates, Chuck Schumer en tête, prennent un risque majeur. Car rien ne dit que Mitch McConnell respectera son engagement. Et même si un texte est bien voté au Sénat, rien n'obligera la Chambre (plus conservatrice et dont tous les élus remettent en jeu leur mandat en novembre) à voter, elle aussi, sur ce sujet clivant. Pour l'aile gauche des démocrates, la pilule est amère. La plupart des sénateurs progressistes, dont certains pressentis pour être candidats à la présidentielle en 2020 (Sanders, Harris) ont voté contre le compromis budgétaire. Trump, lui, est resté étonnamment silencieux pendant toute la durée du shutdown. Pour qu'un accord sur l'immigration puisse être trouvé, il faudra pourtant qu'il s'implique. «Le vrai test commence maintenant», a reconnu le sénateur démocrate Dick Durbin. Prochaine échéance le 8 février.




