«Les premières étapes sont pour l'instant strictement légales, il nous faut donc attendre.» Les mots sont prudents, à la limite de la langue de bois : dimanche soir, sur l'antenne de l'ARD, la nouvelle ministre de la Justice, Katarina Barley (SPD), se gardait bien de commenter les enjeux politiques de l'arrestation par la police allemande de Carles Puigdemont. Même discours chez Steffen Seibert, porte-parole du gouvernement, qui déclarait lundi : «Tout repose désormais entre les mains des tribunaux et des autorités compétentes dans le Schleswig-Holstein», le Land où a été arrêté l'ex-président de Catalogne dimanche et où il comparaissait pour la première fois lundi après-midi. La justice a annoncé dans la soirée son maintien en détention.
«Aveu de faiblesse». Tout cela est juste sur le fond, puisque ce sont les autorités judiciaires, et elles seules, qui doivent déterminer, en principe sous soixante jours, d'extrader ou non Puigdemont. Reste que Berlin se trouve un tantinet embarrassé de s'inviter ainsi dans la crise catalane. Dans le pays, plusieurs politiques ont réagi à la nouvelle. La gauche de Die Linke et les Verts en tête, les premiers évoquant via leur porte-parole européen au Bundestag, Andrej Hunko, «une honte», les seconds plaidant pour des négociations entre Madrid et la Catalogne avec la médiation de Bruxelles. «Les différentes réactions au gouvernement ne sont pas à leur honneur, dit à Libération l'avocat Hans-Christian Ströbele, des Verts, figure historique de la gauche allemande. Disons plutôt qu'elles sont un aveu de faiblesse politique. Car cette arrestation n'a pas seulement une dimension juridique. Elle est aussi politique. Il ne s'agit pas de se cacher derrière une position légale formelle.» On a également entendu le vice-président du Bundestag, Wolfgang Kubicki. Cet avocat de formation, vice-président des libéraux, a ainsi déclaré qu'il ne voyait pas comment on pouvait extrader Puigdemont, l'accusation de «rébellion» dont il est la cible en Espagne n'ayant pas d'équivalent dans le code pénal allemand.
«Haute trahison». Toutefois, explique à Libération le professeur Carsten Momsen, du département de droit pénal de l'Université libre de Berlin, «ce qui se rapproche le plus de la "rébellion" est l'article 81 de notre code pénal, qui punit le Hochverrat, la "haute trahison". Mais cet article requiert également que le perpétrant ait usé de la violence contre la Fédération ou la Constitution. Pour que l'extradition soit possible, cela doit donc être prouvé. La question serait la suivante : a-t-il usé de violence par lui-même ou alors a-t-il provoqué des violences commises par des tiers ? Dans ce dernier cas, il faudrait établir qu'elles soient directement imputables à Carles Puigdemont.» Ce que conteste le Vert Hans-Christian Ströbele : «Il n'a pas fait usage de la violence, et ne l'a ni propagée ni approuvée. Il a travaillé pour la réalisation de la volonté de la majorité de la population en Catalogne dans une procédure démocratique et parlementaire.»
Un autre levier permettrait l'extradition de Puigdemont, poursuit Carsten Momsen. «En Espagne, il est également accusé de détournement de fonds publics. C'est un crime en Allemagne. Le pays pourrait ainsi l'extrader sur ce seul motif.»Par ailleurs, le journal local Kieler Nachrichten, citant des sources judiciaires, affirme que Carles Puigdemont compte demander l'asile en Allemagne. Mais, de l'avis général, ses chances de l'obtenir semblent maigres, la procédure pouvant difficilement outrepasser un mandat d'arrêt européen.




