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Libération

Le Burkinabé François Compaoré menacé d’extradition par la France

Publié le 29/03/2018 à 21h46

Dans une petite salle du palais de justice de Paris, mercredi, après l’examen d’une série de demandes d’extraditions pour de petits délinquants, dealers de shit ou braqueurs de voitures, voilà soudain que l’histoire récente de l’Afrique s’est invitée à la barre. Le cas examiné, c’est celui de François Compaoré, frère cadet de l’ex-homme fort du Burkina Faso, Blaise Compaoré qui, après vingt-sept ans de règne sans partage, a été chassé fin 2014 par une insurrection populaire.

L'homme a l'air fatigué, pas très vaillant. Derrière lui, ses avocats, dans leurs robes noires virevoltantes, dénoncent avec fougue les lacunes du dossier présenté par l'Etat burkinabé, qui réclame le retour au pays du «petit président». Un surnom qui lui colle encore à la peau. Même ses avocats l'évoquent. Ou plutôt s'en servent pour dénoncer une «affaire politique» qui n'aurait rien à voir avec la procédure judiciaire dont il fait actuellement l'objet dans son pays natal.

Au cours de l'insurrection de 2014, où tout a soudain basculé, les deux frères et leurs familles ont dû être précipitamment exfiltrés du pays par l'armée française. Depuis, Blaise Compaoré vit en Côte-d'Ivoire voisine, François faisait la navette entre Abidjan et Paris, où résident sa femme et ses cinq enfants. Jusqu'au 29 octobre, lorsqu'il a été arrêté à son arrivée à Roissy sur la base d'un mandat d'arrêt international. Alors que Blaise Compaoré est souvent accusé d'avoir orchestré le meurtre de l'ex-président Sankara dont il prendra la place à la tête du pays, son frère cadet est, lui, soupçonné d'avoir commandité l'assassinat en 1998 du journaliste Norbert Zongo. Ce dernier «était le seul qui osait s'intéresser aux affaires du pouvoir», rappelle l'avocate de l'Etat burkinabé, Anta Guissé. L'enquête judiciaire sur la mort de Zongo s'est achevée par un non-lieu en 2006. Le changement de régime permettra de la relancer en avril 2015. Deux ans plus tard, le mandat d'arrêt délivré contre François Compaoré est notamment justifié par «de nouvelles preuves découvertes à son domicile», qui avait été mis à sac en 2014. La décision de la justice française est attendue le 13 juin.

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