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Éditorial

Réalité

Publié le 03/05/2018 à 21h06

«En temps de guerre, la première victime, c’est la vérité.» Cet adage attribué à Rudyard Kipling a été parfaitement assimilé par la propagande russe, qui trouve en France une myriade de gogos plus ou moins intéressés, Le Pen et Mélenchon au premier rang, pour l’appliquer avec zèle. Cette tactique est de tout temps. Elle a pris avec la puissance des réseaux sociaux une actualité aiguë. Ainsi, chaque attaque chimique déclenchée par le régime syrien se double aussitôt d’un bombardement de fake news dans le monde virtuel. On tue les civils sur le terrain, on assassine la rationalité dans le cyberespace. L’industrie du doute devient une des divisions du complexe militaro-industriel poutinien. Les images ? Une mise en scène. Les témoins ? Ils sont partiaux. Les ONG ? Elles travaillent pour l’opposition. Les Etats démocratiques ? Ils mentent, etc. Et si jamais la réalité des attaques chimiques apparaît - ce fut le cas à plusieurs reprises - on change aussitôt son fusil d’épaule : ces armes chimiques sont celles des rebelles. Les affirmations se contredisent grossièrement, mais on compte sur la mémoire de linotte des réseaux sociaux pour remplacer le premier mensonge par un autre, tout aussi grossier. Ce qui compte, c’est la confusion, le brouillage, la multiplication des objections. Comme en économie, la mauvaise monnaie chasse la bonne et l’accumulation des sophismes finit par ébranler les consciences les plus solides. Enfin, si les organisations internationales mettent sur pied une équipe indépendante et indiscutable, la Russie pose son veto et obtient sa dissolution. La vérité est une et l’erreur multiple : les propagandistes jouent donc le nombre contre la raison. Certes, la vérité émerge au bout du compte. Mais comme disait Bonaparte : «Il faut retenir les informations jusqu’à ce qu’elles n’aient plus d’importance.»

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