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Italie : interdits de gouverner, les francs-maçons invoquent la Constitution

ParEric Jozsef
correspondant à Rome
Publié le 23/05/2018 à 20h26

«En 1925, le fascisme décida d'interdire la franc-maçonnerie. Un an plus tard, ce fut au tour des journaux et des partis politiques d'être fermés par le régime mussolinien.» Le grand maître du Grand Orient d'Italie, Stefano Bisi, ne cache pas sa vive préoccupation à la suite de l'insertion dans le «contrat pour le gouvernement du changement» passé la semaine dernière entre la Ligue d'extrême droite et le Mouvement Cinq Etoiles d'un «code éthique» qui prévoit d'interdire l'accès à l'exécutif «des personnes condamnées au pénal, qui sont sous procès pour de graves crimes», mais aussi «qui appartiennent à la franc-maçonnerie». «L'interdiction est déjà prévue dans nos statuts, revendique-t-on au M5S. Car en Italie, il ne faut pas penser à la franc-maçonnerie de Garibaldi ou de Mameli [auteur de l'hymne italien, ndlr] mais à celle des cinquante dernières années.» En particulier la loge secrète P2, dirigée par le néofasciste Licio Gelli, qui avait infiltré les institutions italiennes avant d'être démantelée en 1982 car soupçonnée d'avoir comploté contre l'Etat. Pour Bisi, «la P2, c'est une chose, les loges maçonniques une autre, il ne faut pas tout confondre. Ce n'est pas parce qu'un prêtre est pédophile qu'il faut condamner toute l'église catholique».

Le M5S justifie la décision en estimant que si «les principes originels de la franc-maçonnerie de progrès social et de liberté sont justes, les loges italiennes sont toutefois encore trop opaques». Le mouvement s'appuie notamment sur les travaux de la dernière commission parlementaire antimafia qui a souligné que la franc-maçonnerie «est très souvent une couverture pour les clans». En vertu de ses statuts, le M5S a déjà expulsé Piero Landi, l'un de ses candidats au Parlement (tout de même élu) après avoir découvert qu'il appartenait à une loge.

Pour les responsables du Grand Orient, l'interdiction est «inconstitutionnelle». Ils appellent à la plus grande vigilance. L'organisation souligne que «les francs-maçons jurent solennellement fidélité à la République et s'engagent à respecter les normes et les lois». Les «frères» italiens s'en remettent désormais au chef de l'Etat, Sergio Mattarella, pour qu'il veille «à ce que la Constitution soit entièrement appliquée et sans discrimination».

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