La ville de Liège est sous le choc. Sept ans après la fusillade qui avait fait sept morts au cœur de la «Cité ardente», un homme a tué trois personnes, dont deux policières, mardi matin. Une instruction a été ouverte par le parquet fédéral pour «présomption d'infraction terroriste». Peu d'éléments ont filtré quant aux motivations de l'assaillant. Ce dernier aurait, selon des sources policières, crié «Allah akbar» lors de son assaut final, avant de mourir sous les balles du peloton antibanditisme de Liège. «Il est clair que l'objectif de l'assassin était de s'en prendre à la police», a annoncé Christian Beaupère, le chef de la police de la ville, au cours d'une conférence de presse. Le parquet fédéral, lui, reste laconique : «Des premiers pas de l'investigation vont dans la direction d'un acte terroriste.»
L’auteur de ces trois meurtres se nomme Benjamin Herman. Il avait 32 ans et était originaire de Rochefort, une petite commune rurale et touristique de Wallonie. Son casier judiciaire était plutôt chargé : vols avec violences, dégradation de biens publics et trafics de drogue à répétition. Les condamnations n’ont cessé de s’enchaîner depuis la fin de son adolescence.
«Instable»
Le parcours «classique» d'un délinquant de droit commun qui, selon la Radio-télévision belge francophone (RTBF), aurait été dans le collimateur de la sûreté de l'Etat depuis 2017, soupçonné de «radicalisme». L'homme était réputé «très violent» et «instable». Il était incarcéré dans l'établissement de Lantin, à Liège. C'est en prison qu'il aurait été influencé par des tenants d'un islam violent, même si les autorités restent très prudentes à ce sujet. Lundi, Benjamin Herman a pu sortir de l'établissement pénitentiaire dans le cadre d'un congé destiné à sa réinsertion. La sortie ne devait pas durer plus de quelques heures. Mais l'homme n'est jamais rentré à la prison de Lantin. Il se serait dirigé tout d'abord vers sa ville natale. Une perquisition a eu lieu, mardi après-midi, au domicile de sa mère, qui habite toujours à Rochefort.
Des sources proches du dossier pensent que Herman a pu commettre un premier meurtre dans la nuit de lundi à mardi, à Marche-en-Famenne. Celui d’un jeune toxicomane qu’il côtoyait depuis plusieurs années. On retrouve ensuite Benjamin Herman à 10 h 30, au centre de Liège, vers le boulevard d’Avroy, non loin du Café des augustins. Il prend en filature deux policières et les frappe de multiples coups de couteau avant de s’emparer de leurs armes et de les abattre froidement, au sol.
La panique s'empare du centre-ville. Une journaliste, présente sur les lieux, témoigne sur le site de la RTBF : «J'ai entendu au moins cinq coups de feu. Deux personnes ont commencé à courir, depuis un café du quartier vers le parc d'Avroy. J'ai vu un homme avec une arme à feu qu'il pointait vers les gens qui couraient. Il portait une casquette noire, un haut noir et une sacoche à la taille.»
L’assaillant entame alors une courte course meurtrière, en tirant à l’aveugle dans les rues. Un homme de 22 ans décède d’une balle perdue au volant de sa voiture. Benjamin Herman prend alors la direction d’un établissement scolaire, situé sur le boulevard d’Avroy. Il s’agit de l’Athénée Léonie-de-Waha, un établissement d’enseignement secondaire. Il prend en otage la femme de ménage du lieu pendant quelques instants. On ne sait pas dans quelles conditions l’otage a été libérée par l’assaillant.
En masse
Ce dernier a stationné quelques minutes dans le hall d’entrée de l’école secondaire, dont les élèves avaient été évacués, avant d’entamer sa sortie spectaculaire et violente. Il franchit les portes de l’Athénée et tire sur les policiers qui l’attendent en masse et en blesse quatre - leurs jours ne sont pas en danger. Le peloton antibanditisme contre-attaque et abat le tueur. Le roi Philippe, le Premier ministre, Charles Michel, et le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, se sont rendus à Liège pour marquer leur soutien aux victimes et s’informer de la situation. Un conseil national de sécurité s’est réuni en urgence mardi, en fin d’après-midi. Malgré ce drame, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (Ocam) maintient le niveau de la menace terroriste à «2» (sur une échelle de 4).




