«Nous envisageons des droits de douane sur les voitures qui inondent le marché américain !» La dernière partie du tweet-coup de théâtre de Donald Trump à la sortie du G7, samedi, a de nouveau provoqué des sueurs froides en Allemagne. Voilà les industriels de l'automobile du pays confortés dans leurs pires craintes : entre autres calamités, le président américain semble de plus en plus se préparer à livrer une nouvelle guerre commerciale, dirigée tout particulièrement contre l'Allemagne. Selon une source citée par le New York Times, Trump a abordé le sujet au G7 lors d'une discussion à huis clos, s'en prenant «violemment» à l'Allemagne, «qui profite des Etats-Unis en y vendant tant de voitures». Il l'avait dit à Emmanuel Macron en avril : il ne veut plus «de Mercedes sur la Cinquième Avenue». Et déjà en 2017, lors d'un déjeuner avec Angela Merkel, il s'était fait menaçant : «Vous inondez nos rues avec vos voitures allemandes. Je ne peux aller nulle part sans en croiser. Il y en a vraiment partout… Vous avez aussi des Ford et des Chevrolet partout en Allemagne ?»
Dans ce contexte, l'annonce de la Maison Blanche, le 23 mai, d'envisager une augmentation des droits de douane (qui pourrait aller jusqu'à 25 %) dans le secteur de l'automobile n'a guère surpris en Allemagne. Mais l'inquiétude est vive. L'Europe taxe en effet les importations de voitures hors UE de 10 %. En revanche, aux Etats-Unis, les voitures étrangères sont taxées à 2,5 %. «Pas étonnant que l'Allemagne nous vende trois fois plus de voitures que nous en exportons vers elle», écrivait le conseiller de Trump pour les questions commerciales, Peter Navarro, dans une tribune récente publiée par le New York Times.
En 2017, les automobiles et les pièces détachées représentaient 25 % des exportations allemandes vers les Etats-Unis. De plus, les constructeurs allemands contrôlent 90 % du marché des voitures haut de gamme aux Etats-Unis : BMW est propriétaire de la marque Rolls-Royce, Daimler possède Mercedes-Benz et Volkswagen contrôle Bentley, Bugatti, Porsche et Audi. Selon l'institut de recherche allemand Ifo, cité par l'hebdomadaire Wirtschaftswoche, une augmentation de cette taxe à 25 % aurait de lourdes conséquences économiques pour le pays, avec un déficit évalué à 5 milliards d'euros, et ferait baisser son PIB de 0,16 %. Alors que faire face aux élans protectionnistes de Donald Trump ? Il existe des règles en matière de commerce international, auxquelles ces menaces trumpiennes semblent contrevenir et que l'Allemagne ne manquera pas d'invoquer en déposant un recours auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Pour autant, il n'est pas sûr que ce genre d'argument permette d'infléchir la position de Trump. Les Allemands préfèrent donc insister sur les dégâts que causerait, selon eux, une telle taxe sur l'économie américaine. «A elle seule, l'industrie automobile allemande garantit plus de 100 000 emplois aux Etats-Unis», a ainsi prévenu, à la télévision allemande, le PDG de l'équipementier automobile Kirchhoff, Wolfgang Kirchhoff.




