Le chef de l'Etat français a appris la nouvelle samedi soir alors qu'il s'apprêtait à rejoindre Paris à bord de l'Airbus présidentiel : en un tweet rageur, Donald Trump venait donc de déchirer le compromis inespéré, signé par tous les pays membres du G7. D'une phrase balancée comme une bombe du haut de l'appareil Air Force One qui volait vers Singapour, il jetait à la poubelle le travail des sherpas qui avaient passé la nuit à discuter, mot par mot, les vingt-huit points d'un communiqué final. Quelques instants plus tôt, avant de quitter La Malbaie et les rives du majestueux Saint-Laurent, théâtre de ce pathétique G7, Macron n'avait pas la naïveté de croire qu'une simple déclaration pouvait lever le différend commercial entre Trump et ses partenaires. Mais la preuve était faite que la solidarité des Etats attachés à «l'esprit de coopération» pouvait détourner le président américain de sa logique de confrontation. «Donald Trump a vu qu'il avait face à lui un front uni. Se retrouver isolé dans un concert des nations est contraire à l'histoire américaine», constatait Macron lors de sa conférence de presse conclusive. Pas de doute, pour lui, ce G7 avait «rempli son rôle». Huit heures de vol plus tard, le ton était tout autre.
Pouce. Dimanche matin, l'Elysée réagissait avec une rare violence : en tournant le dos aux engagements pris après deux jours de discussions, Trump ferait montre de «son incohérence» et même de «son inconsistance». En attendant, la France, réaffirme son soutien au communiqué final du G7 et ne doute pas que ce sera aussi le cas de «l'ensemble des membres signataires». «La coopération internationale ne peut dépen dre des colères ou de petits mots. Soyons sérieux et dignes de nos peuples», ajoute le communiqué. Rédigée dans la nuit, au-dessus de l'Atlantique, cette réaction laisse deviner l'exaspération de Macron. A La Malbaie, il croyait avoir réussi à dompter l'imprévisible Trump en l'amenant à proclamer dans une déclaration commune son refus du protectionnisme et son attachement à «un système commercial international fondé sur des règles». Après avoir lâché, avant son arrivée au Canada, quelques tweets assassins sur l'iniquité d'un commerce international accusé de spolier les travailleurs et les fermiers américains, Trump s'est ménagé deux tête à tête avec Macron. Vendredi, un photographe de Reuters saisissait, au dos de la main du premier, la marque blanche du pouce du second. Une fois de plus, le Français avait serré avec une particulière vigueur la pogne de l'Américain.
Après le spectacle de leur quasi-bras de fer l'été dernier, au G20 de Hambourg, cette nouvelle image a fait fureur dans les coulisses du G7 canadien. Se posant en leader des six Etats attachés à «l'ordre international coopératif» Macron s'était vu confié le soin de répondre aux accusations que son homologue américain porte contre ses partenaires. «Quand Trump est arrivé, très virulent, Macron lui a opposé un argumentaire préparé en amont avec les Européens et les Canadiens, raconte l'Elysée. Il a fait valoir que l'équité des échanges commerciaux ne pouvait se résumer à la seule question des éventuels déficits commerciaux.» La preuve ? La France enregistre un important déficit avec l'Allemagne, avec laquelle elle pratique pourtant le libre-échange. Conclusion : ce ne sont pas tant les tarifs douaniers, mais bien plus la structure des économies qui est en cause. Quelques minutes avant le torpillage du G7, Macron semblait croire que son cours de macroéconomie n'avait pas été sans effet : «Nous avons eu une vive discussion qui a permis de rétablir la vérité sur les échanges commerciaux entre l'Europe et les Etats-Unis.»
Assis. A cet instant, les discussions avaient permis de «stopper l'escalade», a-t-il assuré en conférence de presse. Dès lors que Trump reconnaissait, à travers une «déclaration commune», que la réponse aux dysfonctionnements du commerce international était non pas dans le protectionnisme mais bien dans «une organisation du commerce plus efficace», il devenait possible d'être optimiste. Au nom de «la cohérence», Trump allait bien finir par engager les discussions sur ce point. Telle était, selon Macron, « la conclusion intelligente et logique» qui pouvait être tirée.
La suite a montré très vite qu'il était bien audacieux de parier sur la cohérence du président des Etats-Unis. L'énergique poignée de main de son ami français aura été sans effet. Et s'il fallait retenir une image de ce G7, ce serait plutôt celle, extraordinairement éloquente, qu'a publiée samedi soir le porte-parole de la chancelière Merkel (voir ci-contre). Après leur petit-déjeuner, les dirigeants et leurs sherpas discutent les ultimes détails de la déclaration commune dont ils sont censés avoir accepté le principe. Six d'entre eux, debout, salueront quelques heures plus tard ce succès du multilatéralisme. Le septième, assis, goguenard, semble n'en avoir rien à faire.




