C'est l'autre terrorisme, plus local, mais tout aussi meurtrier, sinon plus, que celui des islamistes : le narcoterrorisme. Depuis le début de la campagne électorale au Mexique, plus de 100 candidats ont été assassinés, en général pour des raisons liées au trafic de drogue. Les spectateurs de la série Narcos comprendront vite de quoi il s'agit. Financés par la consommation des pays du Nord, les cartels sont devenus des Etats dans l'Etat mexicain, usant de la violence la plus extrême et s'appuyant sur les traditions de corruption qui gangrènent depuis longtemps la vie mexicaine. L'actuel président et son prédécesseur ont choisi la manière forte. Mais cette «guerre contre la drogue», encouragée par Washington, a fait plus de 200 000 morts depuis 2006 sans pour autant réduire la puissance des cartels, sinon en les désorganisant, ce qui accroît d'autant le nombre des règlements de comptes.
Epuisés par cette épreuve sanglante, travaillés par des inégalités sociales criantes, les électeurs mexicains s’apprêtent à jouer l’alternance en élisant un candidat de gauche, Andrés Manuel López Obrador, dit «Amlo», ancien maire de Mexico, orateur infatigable et électrisant, qui concentre en sa personne les différents modèles de la gauche sud-américaine, un peu de chavisme, un peu de «lulisme», un peu de social-démocratie à la chilienne. Bonne nouvelle assurément, tant l’injustice sociale mine la société mexicaine. A condition qu’Amlo s’attaque enfin au double problème du trafic de stupéfiants et de la corruption. Considérant que la source du trafic se situe non au Mexique, mais chez les consommateurs nord-américains, on envisage de faire la part du feu en négociant avec les cartels. Etrange solution aux yeux des démocraties du Nord. Mais il faudrait, pour s’en étonner, que la «guerre contre la drogue», avec son cortège de meurtres et de torture, ait réussi




