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Libération

Israël : la loi de l’«Etat-nation juif» creuse les divisions

ParGuillaume Gendron
(à Tel-Aviv)
Publié le 19/07/2018 à 20h06

Un «moment charnière dans l'histoire du sionisme», a trompété jeudi Benyamin Nétanyahou après des heures de plénière, tandis que des députés arabes déchiraient des copies du texte en criant : «Apartheid !» En cause ? L'adoption finale, dans la nuit de mercredi à jeudi, de la loi fondamentale dite de «l'Etat-nation», visant à graver dans le marbre le caractère juif de l'Etat hébreu. Jusqu'à présent, Israël, qui n'a pas de Constitution, s'appuyait sur la déclaration d'indépendance de 1948 pour se définir en tant qu'Etat juif et démocratique. Mais pour les centristes de Kadima, à l'origine du texte, puis la très droitière coalition au pouvoir, la judéité d'Israël nécessitait d'être surlignée au regard des ambitions nationales palestiniennes.

Quitte à se faire aux dépens de la minorité arabe (20 % de la population) et des normes démocratiques, ont alerté les opposants à ce texte. Lequel définit Israël comme le «foyer national du peuple juif». Plus problématique, il stipule que «le droit à l'autodétermination nationale est unique au peuple juif». Une «légalisation de l'apartheid», s'est emporté Saeb Erekat, le secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine. La loi désigne aussi Jérusalem «complète et unifiée» comme capitale d'Israël, en opposition au consensus international. «Langue nationale», l'hébreu relègue désormais l'arabe à un «statut spécial», alors que les deux langues jouissaient d'un statut équivalent. Certes, une clause indique que ce nouveau statut ne change rien aux usages en cours (utilisation de l'arabe dans l'administration, panneaux de signalisation, etc.). Elle n'en est pas moins perçue comme une humiliation par la minorité palestinienne.

L'article 7, même atténué à la veille du vote, reste le plus controversé : le «développement des communautés juives», que l'Etat s'engage à «encourager et consolider», y est considéré comme tenant de «l'intérêt national». La première mouture, poussée par le très influent lobby pro-colons Foyer juif, garantissait à une «communauté de même religion et nationalité, le droit de maintenir le caractère exclusif de cette communauté». D'où la mise en garde du Président, Reuven Rivlin, contre le développement de communautés sectaires, non seulement fermées aux Arabes mais aussi aux laïques, homosexuels ou juifs orientaux… Il n'a été que partiellement entendu.

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