Voyage inattendu et émouvant au cœur d'un pays-continent à l'histoire torturée, la Russie dans l'objectif présente le regard de douze photographes, jeunes et moins jeunes, qui entretiennent tous un rapport tendre et ironique à la réalité qu'ils cherchent à capturer. Dans ce magnifique documentaire en quatre épisodes, diffusés dimanche soir sur Arte, ils nous emmènent chacun à leur tour dans l'intimité de leur exploration des ambiguïtés et des contradictions d'un pays aux mille visages, en mutation permanente depuis la chute de l'Union soviétique, mais où le temps semble parfois s'être arrêté, immense et déchiré, poétique et absurde, infiniment photogénique.
Les uns interrogent les représentations qui ont toujours façonné l'histoire du pays. La Russie d'Alexandre Gronsky, qui promène son objectif dans les banlieues-dortoirs de Moscou, est «l'utopie d'une prospérité collective qui ne s'est jamais réalisée». Celle de Danila Tkachenko, qui détourne dans une installation artistique le carré noir de Malevitch, est «un pays adolescent où tout recommence sans cesse».
Les autres explorent les divisions qui traversent la société, de la guerre avec l’Ukraine - le couple mixte d’Oksana Yushko -, à celle menée par le régime contre son propre peuple. Victoria Ivleva, qui avait pénétré au cœur du réacteur 4 de Tchernobyl cinq ans après la catastrophe, a documenté la violence des répressions policières, sans dissimuler son engagement. Sergueï Maximichine avait commencé sa carrière en photographiant la guerre en Tchétchénie. Il cherche aujourd’hui à transmettre, comme Gogol, l’absurdité de la vie quotidienne. Dmitri Markov, lui, prend des photos avec son smartphone pour attirer l’attention sur la misère et la beauté des ados laissés pour compte.
«La Russie, un pays très divers, qui n'a ni plafond ni plancher. Et pour aborder toute cette multitude de facettes, il fallait faire parler des voix multiples», note le réalisateur Alexander Abaturov, qui s'est promené de Moscou à l'île de Sakhaline, de Pskov aux forêts de Sibérie. A la caméra, un autre photographe, Denis Sinyakov, a capté avec sensibilité tous ces regards. On en sort avec l'impression d'avoir pu jeter un œil dans les coins les plus profonds et reculés de ce pays mystérieux.




