De la hauteur de ses 85 centimères, le manchot royal avec sa gorge blanche teintée d'orange et ses ailes noires, comme deux bras sans main, est devenu un emblème des contrées glacées de l'Antarctique. A l'instar de nombreuses espèces sur la planète, même les plus éphémères, il se trouve aujourd'hui menacé. Des chercheurs du Centre d'études biologiques de Chizé ont récemment découvert, grâce à des images satellites haute résolution, que la plus grande colonie de l'espèce a perdu 88% de sa population en 35 ans. Vivant sur l'île aux Cochons dans la réserve naturelle des Terres australes françaises, la colonie est passée de 500 000 couples en 1982 à 60 000 aujourd'hui.
Dans leur article publié le 25 juillet dans la revue Antarctic science, les chercheurs français émettent différentes hypothèses pour expliquer cette disparition massive. La taille gigantesque du groupe aurait créé des tensions sur la nourriture, provoqué la perte de certains et compliqué la reproduction. Par ailleurs, le déclin a débuté dans les années 1990, en même temps qu'un événement climatique majeur lié au phénomène El Niño dont a souffert une autre colonie de manchots royaux à 100 kilomètres de là.
Dernière possibilité : une épidémie de choléra qui décime déjà d'autres espèces d'oiseaux dans des îles de l'océan Indien. Seulement, tous ces éléments ne suffisent pas à expliquer une telle disparition, s'inquiètent les scientifiques. «Des études de terrain portées par les chercheurs CNRS, avec l'appui de l'Institut polaire français Paul-Emile Victor et en partenariat étroit avec l'équipe de la réserve naturelle des Terres australes françaises devraient être menées prochainement pour confirmer les premiers éléments qu'apportent les images satellites», indique le CNRS dans un communiqué. Le mystère reste entier.




