Condamnable, Monsanto l'est. Pour avoir tenté de saper, à coups de lobbying XXL, toute régulation législative ou décision de justice contre ses produits, ses dérives, ses mensonges. Pour avoir poursuivi systématiquement, arguant d'une «utilisation frauduleuse», des paysans qui utilisent «sans droit» ses OGM, et pour avoir oublié ceux qui, surendettés par l'achat de semences brevetées, se sont suicidés. Pour les dommages causés par ses produits aux sols, à l'eau, à l'environnement et à la santé qu'un tribunal international citoyen a qualifiés en 2017 d'«écocide». Condamné, Monsanto le sera peut-être mercredi. Ou plus tard, vu les milliers de poursuites en cours. Condamnée, la firme l'a déjà été. Après le recours de vétérans de la guerre du Vietnam contre son agent orange, utilisé pour faire tomber les feuilles des arbres. Monsanto avait alors fourni des études bidon niant la toxicité du produit. Condamnée aussi pour avoir déversé des déchets issus d'une usine de biphényles polychlorés (PCB) en Alabama. Et, là encore, des notes confidentielles révélèrent que la multinationale avait dissimulé la toxicité du produit. Condamnée enfin pour son Roundup, numéro 1 des herbicides au monde, qu'elle a présenté dans une pub mensongère comme inoffensif et biodégradable. Condamnée, in fine, à disparaître à la fin du mois. «Monsanto avait l'image du diable», a reconnu un responsable du groupe allemand Bayer, qui va l'engloutir et concentrer 61 % de la production mondiale des semences et des pesticides. «Glyphosatisée», la bête noire des défenseurs de l'environnement reste l'arbre qui cache la forêt des géants de l'agrochimie en pleine folie monopolistique (DowDuPont, ChemChina). Ils ont parfois recours aux mêmes méthodes, souvent aux mêmes fausses solutions. Si un symbole du productivisme borné se meurt, les dérives de l'agriculture intensive, aveuglée par la seule logique de la technologie et du profit, elles, se renforcent. A méditer, alors qu'une étude scientifique publiée mardi impose de «changer immédiatement de mode de vie», sauf à voir notre planète atteindre un point de rupture climatique qui entraînerait un scénario catastrophe irréversible.
Éditorial
Productivisme borné
Publié le 07/08/2018 à 20h16
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