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Libération

Merkel et Poutine font bonne figure

ParJohanna Luyssen
(à Berlin)
Publié le 19/08/2018 à 19h36

C'est donc avec une demi-heure de retard que le président russe s'est présenté samedi soir au château de Meseberg, dans le Brandebourg, afin de s'entretenir avec Angela Merkel. Cette arrivée tardive a fait jaser : il se trouve que Vladimir Poutine venait tout droit d'Autriche, où il célébrait le mariage de la ministre des Affaires étrangères apparentée FPÖ (extrême droite), Karin Kneissl, accompagné d'une troupe de chanteurs cosaques. Les journaux allemands n'ont pas manqué d'ironiser sur la situation : «Du mousseux en Autriche, de l'eau gazeuse à Meseberg», titrait le site du Frankfurter Allgemeine Zeitung. Après les agapes autrichiennes du président russe, les deux dirigeants ont en effet trinqué à l'eau. Ajoutant ce commentaire : «Qui escompte des résultats probants sera déçu.»

Pendant trois heures, Merkel et Poutine ont pourtant évoqué des sujets cruciaux : l'Ukraine, la Syrie, le gazoduc Nord Stream 2 et l'Iran. Mais aucune annonce concrète n'a été faite. Devant la presse, Poutine a passé un temps non négligeable à évoquer les liens économiques étroits entre l'Allemagne et la Russie, façon litanie Wikipédia bourrée de chiffres, tandis qu'Angela Merkel se plaçait davantage sur le terrain politique en parlant de «responsabilité commune» dans la gestion des conflits ukrainien et syrien.

Pour la chancelière, il faut éviter à tout prix une «catastrophe humanitaire» en Syrie alors qu'elle n'en finit plus de se poursuivre. Elle a également évoqué la question d'une réforme constitutionnelle et de possibles élections. De son côté, la Russie, alliée de Bachar al-Assad, veut convaincre l'Allemagne de participer à la reconstruction du pays en offrant une aide humanitaire aux réfugiés de retour chez eux - tout en prenant soin de ne pas parler de politique.

L’un des sujets les plus sensibles du moment est aussi le gazoduc Nord Stream 2, qui doit relier dès 2019 la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique. Ce projet devrait rendre l’UE totalement dépendante de la Russie en matière d’importation de gaz. Il soulève beaucoup d’inquiétudes, surtout en Ukraine : le pays craint de perdre de précieux droits de transit. Merkel a donc insisté sur la nécessité d’associer l’Ukraine. Poutine n’a pas totalement exclu cette possibilité… sans s’engager.

Cette rencontre bilatérale est la deuxième en trois mois. Elle indique que les relations germano-russes sont bel et bien en voie de normalisation, les deux pays ayant tout intérêt à coopérer face à un Donald Trump aussi imprévisible qu’hostile.

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