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Libération
Reportage

Maliens de Montreuil : les critiques fusent contre la réélection du président «IBK»

Publié le 20/08/2018 à 20h36

«Ensemble pour le Mali», promet l'affiche électorale. Coiffé d'un kufi blanc, le président Ibrahim Boubacar Keïta, dit «IBK», sourit. Il a de quoi : il vient d'être réélu président de la République, avec 67 % des suffrages, contre 33 % pour son adversaire Soumaïla Cissé, selon les résultats officiels publiés jeudi.

En France, à Montreuil, dans le foyer de la rue Bara, une majorité de résidents sont de nationalité malienne. Mais peu étaient allés voter pour le second tour, le 12 août. Comme le reste de la diaspora malienne d'Ile-de-France : seul un électeur sur quatre s'est déplacé au premier tour dans les dix bureaux de vote mis à disposition par le consulat. Non loin du foyer, Mohammed Seydi et Sacko devisent dans la rue. Selon eux, devant la perspective de fraude électorale, beaucoup d'électeurs n'ont pas jugé utile d'aller voter : «Le Mali est un pays pauvre. Si tu ne travailles pas, tu ne manges pas. Alors les gens ne vont pas perdre une journée pour rien changer.» Seydi évoque des «magouilles» : «IBK a payé des gens pour voter, des paysans auxquels il a donné 2 000 francs CFA [3 euros]. Tout ça avec des fonds publics.»

Cheveux poivre et sel, Bobacar Sow est, lui, convaincu de l'irrégularité du scrutin : «Dans les régions du Nord, beaucoup de gens se sont réfugiés en Mauritanie ou au Niger. Et pourtant, des villages entiers ont voté pour IBK, alors qu'ils sont déserts !» Une analyse partagée par beaucoup au foyer, mais pas par Traoré Madimousa. Assis sur un scooter, il est fier d'avoir voté IBK : «C'est comme un match de foot : quand une équipe perd, elle dit que c'est la faute de l'arbitre.»

Ici, on compare souvent les politiciens à des automobilistes arrêtés sur le bord de la route : prompts à demander de l'aide aux passants pour pousser la voiture, ils ne s'arrêtent plus sitôt qu'elle s'est remise en marche. Jusqu'aux prochaines élections. Si beaucoup accusent IBK d'être corrompu, son adversaire, Soumaïla Cissé, ne suscite guère l'enthousiasme. «Cissé, je le vois depuis que je suis petit, il a fait ses armes dans le même parti qu'IBK, raconte Doucouré, qui boit un thé à l'ombre d'une bâche bleue. On veut remplacer une tête par une autre, mais c'est le même système. Le vrai changement, ça aurait été de donner le pouvoir aux jeunes.»

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