Elle souriait, radieuse. Pour la première fois depuis deux ans et demi, Richard Ratcliffe a pu voir sa femme, Nazanin. Grâce à un appel sur Skype, passé depuis un café de Téhéran, en Iran, il a pu contempler, côte à côte, les mines réjouies de Nazanin et de leur fille Gabriella, 4 ans. C’était jeudi. Depuis dimanche soir, Nazanin Zaghari-Ratcliffe, 40 ans, est à nouveau enfermée entre les murs de la prison d’Evin, à Téhéran.
Et le prochain échange, normalement mardi, selon la procédure de la prison, aura lieu par téléphone. Richard Ratcliffe n'a pas serré dans ses bras sa femme et sa fille (dont le passeport a été confisqué et qui a été confiée à ses grands-parents maternels) depuis début avril 2016. Sa demande de visa pour se rendre en Iran n'a toujours pas été acceptée. L'Irano-Britannique avait été libérée jeudi soir pour une permission provisoire de trois jours, après deux ans et demi de détention continue, dont huit mois en isolation. Cette libération pour bonne conduite avait donné l'espoir d'une extension immédiate - comme c'est souvent l'usage - avec, peut-être, une assignation à résidence chez ses parents à Téhéran. Pour la première fois depuis son incarcération, Nazanin a pu dormir près de sa fille, lui faire prendre un bain, marcher avec elle dans la rue, main dans la main. «Elle m'a dit qu'elle était tellement heureuse de marcher dans la rue, comme dans une vie normale enfin», a raconté Richard Ratcliffe à Libération.
Mais dimanche, après avoir appris dans la matinée que l'extension de sa permission avait été accordée, Nazanin a ensuite reçu l'ordre contradictoire de revenir à la prison, sa demande ayant été rejetée parce qu'un papier n'avait pas été signé. Nazanin s'est effondrée. «Vous ne pouvez pas rendre sa maman à une enfant puis la lui prendre à nouveau après trois jours. C'est de la cruauté, c'est au-delà de la cruauté», a-t-elle dit, en larmes, à son mari.
Depuis son arrestation à l'aéroport de Téhéran en avril 2016 alors qu'elle s'apprêtait à rentrer avec sa fille chez elle, à Londres, après deux semaines de vacances auprès de ses parents, l'Irano-Britannique est l'otage d'un jeu cruel des autorités iraniennes, dans le règlement d'un conflit entre l'Iran et le Royaume-Uni. Elle a été condamnée à cinq ans de prison pour «espionnage et conspiration pour renverser le régime». Des accusations qu'elle nie formellement.
Avant son arrestation, elle était employée de Thomson Reuters Foundation, la branche caritative du groupe des médias, où elle s'occupait de tâches administratives. Depuis l'arrestation de Nazanin, son mari se bat, au côté de l'employeur de Nazanin et de plusieurs organisations de défense des droits de l'homme pour tenter de la faire libérer. Pendant des mois, Richard Ratcliffe a remué ciel et terre pour obtenir un rendez-vous, un soutien du ministère britannique des Affaires étrangères. Boris Johnson, qui vient de démissionner, a mis deux ans à le recevoir. Pire, il avait aggravé la situation en déclarant devant le Parlement britannique qu'elle enseignait le journalisme. Son remplaçant, Jeremy Hunt, a promis de tout faire pour obtenir la libération de Nazanin. Par ailleurs, la situation géopolitique avec un Royaume-Uni, comme le reste de l'UE, déterminé à respecter l'accord sur le nucléaire dénoncé par Trump, avait fait espérer l'amorce d'une issue. Dimanche, après l'annonce du retour en prison de Nazanin, Jeremy Hunt a révélé avoir appelé vendredi son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, «mais cela ne suffit pas, la lutte continue», a-t-il tweeté. Richard Ratcliffe, lui, attend de pouvoir parler à sa femme et s'inquiète de sa réaction après son retour en prison.




