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Libération
EDITORIAL

Fantôme

Publié le 06/09/2018 à 20h56

Les dénonciations anonymes ne sont jamais sympathiques, quand bien même elles pointent des carences tout à fait réelles. En publiant dans le New York Times un texte assassin pour Donald Trump, l'inconnu «de haut rang», selon le Times, qui affirme être membre d'un réseau interne de «résistance» au Président, a peut-être aggravé les choses en fouettant la paranoïa de Trump et en lui permettant de détecter les «résistants» en question. Mais en regard du contenu du texte, ces discussions deviennent subalternes. Confirmant les révélations publiées dans plusieurs livres, le fantôme du Times expose au grand jour une vérité cruelle et angoissante : le peuple américain a porté à la Maison Blanche un leader caractériel et incompétent. Ignorance des dossiers, pulsions assassines, indécision fantasque, inclination troublante pour les dictateurs, sexisme congénital, brutalité permanente, complotisme aigu : comme dans certaines fictions, la première puissance mondiale est dirigée par un psychopathe digne du docteur Folamour. En principe, les institutions américaines sont taillées pour corriger par des contre-pouvoirs exigeants les écarts d'un président et même pour s'en débarrasser le cas échéant. Acculé à la démission à la suite du scandale du Watergate, Richard Nixon en a fait la cuisante expérience. Seulement voilà : pour aller au bout d'une procédure d'impeachment, il faut l'accord du Sénat qui se prononce à la majorité qualifiée. Or les élus républicains sont paralysés par la popularité de Trump au sein de leur électorat. Pour mettre fin au cauchemar Trump, il faut que le peuple le veuille. Tel n'est pas (encore ?) le cas. Là réside le vrai danger. Pris, comme tant d'autres, par l'obsession identitaire, une grande partie des électeurs américains n'ont que faire des procédures démocratiques. Où le nationalisme manifeste une nouvelle fois sa nocivité…

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