Il vivait reclus au Sénat depuis que le président philippin Rodrigo Duterte avait ordonné son arrestation au début du mois. Mais, ce mardi, Antonio Trillanes a finalement accepté de suivre les policiers venus le chercher après que la Cour de Makati a publié un mandat d'arrêt. Trillanes est le deuxième sénateur à rejoindre la case prison depuis l'arrivée au pouvoir de Duterte en juillet 2016. Et cet événement est une nouvelle illustration de la dérive autoritaire d'une présidence lancée dans une chasse à l'opposition et aux voix critiques.
Ex-mutin
Officier de marine à la retraite et ancien candidat à la vice-présidence des Philippines en 2016, Antonio Trillanes est poursuivi pour rébellion. En 2003 et 2007, il avait participé à une tentative de coup d’Etat et de mutinerie contre la présidente Gloria Arroyo. Mais, en 2010, il avait bénéficié d’une amnistie du prédécesseur de Duterte, Benigno Aquino. Rodrigo Duterte a invalidé cette décision au motif que l’ex-mutin Trillanes n’avait pas fait de demande officielle d’amnistie en reconnaissant sa culpabilité.
Surtout, Antonio Trillanes est pour Duterte un adversaire et opposant gênant. Il s'est positionné comme l'une des voix politiques les plus critiques de la très sale guerre antidrogue que le nouveau président a initiée dès son arrivée au palais Malacanang, l'Elysée philippin. En septembre 2017, lors d'une interview avec l'AFP, il avait accusé le Président d'être «un sociopathe» avec «l'état d'esprit d'un tueur à gages». Dans le cadre d'une commission d'enquête parlementaire, Trillanes avait fait comparaître au Sénat, le fils du Président, Paolo Duterte. Avant de l'accuser d'être l'instigateur d'un trafic de shabu (méthamphétamine) avec la Chine.
«Je le détruirai ou il me détruira»
Dans le même temps, Trillanes a accompagné plusieurs actions intentées devant la Cour pénale internationale (CPI) pour obtenir un acte d'accusation du Président pour crimes contre l'humanité dans la lutte antidrogue qui aurait fait au moins 20 000 morts. Il a également protégé plusieurs personnes disposées à témoigner contre Duterte. «Je le détruirai ou il me détruira», disait, il y a un an, le Président au sujet de Trillanes.
Duterte a déjà fait taire Leila de Lima, sénatrice et membre du Parti libéral. Le 24 février 2017, cette élue courageuse et opposante de longue date au Président était arrêtée pour des accusations non étayées de trafic de drogue. Pour l'instant, il ne s'est pas attaqué à la vice-présidente Leni Robredo qui ne cesse d'alerter sur les périls que la guerre antidrogue et les exécutions extrajudiciaires font courir à la jeune démocratie philippine.
Ces dernières semaines, critiques et opposants de Duterte l’ont accusé de vouloir détourner l’attention du public. Ils lui reprochent de donner la priorité à des règlements de compte politiques plutôt que de se concentrer sur l’inflation croissante et la hausse du prix du riz. Antoine Trillanes est devenu le bouc émissaire idéal.




