Chaque semaine, un mot russe passé à la moulinette.
«Loj» - le mensonge. En plein jour, à visage découvert, sans sourciller, c’est ainsi qu’il se pratique au Kremlin. L’affaire Skripal lui a donné des occasions de déclinaison aussi inédites qu’embarrassantes.
Le site d'investigation Bellingcat vient d'établir l'identité de l'un des deux empoisonneurs de Salisbury. «Rouslan Bochirov» ne serait autre que le colonel Anatoli Tchepiga, un officier du renseignement militaire russe, qui a servi en Tchétchénie et dans le Donbass, si bien qu'il a même été adoubé «héros de la Fédération de Russie», la plus haute distinction qui soit, par le président Poutine en personne. Or, le même avait déclaré une semaine plus tôt que les deux hommes accusés par Londres d'avoir empoisonné l'ex-espion et sa fille étaient de «simples citoyens». Avant de les envoyer narrer maladroitement cette fadaise sur la chaîne RT.
Interrogé vendredi sur le fait que le touriste Bochirov a la même tête que l'agent du GRU Tchepiga, l'éternellement goguenard porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, n'a pas perdu ses moyens. «Toutes ces considérations, qui ressemble à qui, etc., vous savez, sur la place Rouge, il y a dix Staline et quinze Lénine, et tous sont extrêmement ressemblants avec l'original», a-t-il tranché, en référence aux sosies de ces personnages qui pratiquent des selfies avec les touristes à des prix prohibitifs. Le Kremlin ricane, crie au mensonge et à la désinformation à chaque nouvel élément de la saga Skripal, et sort comme «version vraie» une histoire sans queue ni tête. Désormais, le patriote, en plus de célébrer la grandeur de la Russie et de vénérer son leader, doit aussi adhérer à cet indubitable mensonge.




